Est-on délivré d'une affliction ou d'une tentation, une autre lui succède; et l'on combat même encore la première, que d'autres surviennent inopinément.

4. Comment peut-on aimer une vie remplie de tant d'amertumes, sujette à tant de maux et de calamités?

Comment peut-on même appeler vie ce qui engendre tant de douleurs et tant de morts?

Et cependant on l'aime, et plusieurs y cherchent leur félicité.

On reproche souvent au monde d'être trompeur et vain; et toutefois on le quitte difficilement, parce qu'on est encore dominé par les convoitises de la chair.

Certaines choses nous inclinent à aimer le monde, d'autres à le mépriser.

Le désir de la chair, le désir des yeux, et l'orgueil de la vie[275], inspirent l'amour du monde; mais les peines et les misères qui les suivent justement produisent la haine et le dégoût du monde.

[ [275] I. Joann., II, 16.

5. Mais, hélas! le plaisir mauvais triomphe de l'âme livrée au monde: elle se repose avec délices dans l'esclavage des sens, parce qu'elle ne connaît pas et n'a point goûté les suavités célestes, ni le charme intérieur de la vertu.

Mais ceux qui, méprisant le monde parfaitement, s'efforcent de vivre pour Dieu sous une sainte discipline, n'ignorent point les divines douceurs promises au vrai renoncement, et voient avec clarté combien le monde, abusé par des illusions diverses, s'égare dangereusement.