Ôtez de nos cœurs, ô mon Dieu! le soupçon, l'aigreur, la colère, tout ce qui divise, tout ce qui peut altérer la charité et diminuer l'amour fraternel.
Ayez pitié, Seigneur, ayez pitié de ces pauvres qui implorent votre grâce, votre miséricorde; et faites que nous soyons dignes de jouir ici-bas de vos dons, et d'arriver à l'éternelle vie. Ainsi soit-il.
RÉFLEXION.
Après s'être purifié par le sacrement de pénitence, et s'être uni, selon tout ce qu'il est, à Jésus-Christ, hostie de propitiation pour le salut des hommes, le prêtre s'offre encore pour eux et pour lui-même, afin que la vertu du sacrifice qui va s'accomplir, lui soit appliquée, et à ses frères, et à tous ceux pour qui Jésus-Christ, sacrificateur, est victime[665], l'a consommé sur la Croix. Comme le Sauveur s'est immolé pour lui, il veut s'immoler pour le Sauveur, ne vivre que pour sa gloire, et mourir pour elle. Il le supplie de consumer dans le feu de son amour tout ce qui reste en lui d'impur et de terrestre. Il dépose, en quelque manière, sur l'autel et ses pensées et ses affections, ses volontés, ses désirs, tout son être, afin d'être revêtu en Jésus-Christ d'une vie nouvelle, de cette vie selon Dieu[666], qui fait que l'homme ne vit plus pour soi, mais pour celui qui est mort et ressuscité pour lui[667]. Ainsi anéanti dans la présence du souverain Maître, et comme baigné déjà du sang qui demande grâce, il intercède pour ses proches, ses amis, ses bienfaiteurs, pour ses ennemis même, pour ceux qui le haïssent et le persécutent, embrassant dans sa charité, immense comme celle du Christ, toutes les créatures qu'il a rachetées, tous les enfants du Père céleste, qui fait luire son soleil sur les bons et sur les méchants[668]. Élevé, par l'onction sacerdotale, entre la terre et le ciel, il couvre, pour ainsi dire, le genre humain tout entier de sa prière et de son amour. Il le voit, par le péché, dans un état de mort, et ses désirs l'enfantent à la vie: semblable au Médiateur suprême, qui, dans les jours de sa chair, offrant avec un grand cri et avec larmes, des prières et des supplications à celui qui peut sauver de la mort, fut exaucé à cause de son respect[669]. Oui, le salut vient du Seigneur[670]; il a fait éclater les merveilles de son Saint[671]. Prêtres du Dieu vivant, offrez-lui le sacrifice de justice[672]. Je vous prierai, Seigneur; vous entendrez ma voix le matin; le matin je me présenterai devant vous; j'entrerai dans votre maison, et, rempli de votre crainte, j'adorerai dans votre saint temple; et tous ceux qui espèrent en vous se réjouiront, et ils tressailleront d'allégresse éternellement, parce que vous habiterez en eux[673].
[ [665] Hebr., IX, 14.
[ [666] I. Petr., IV, 6.
[ [667] II. Cor., V, 15.
[ [668] Matth., V, 45.
[ [669] Hebr., V, 7.
[ [670] Ps. III, 9.