La traduction de Saci a été depuis revue et corrigée par l'abbé de La Hogue, qui l'a fort améliorée, sans avoir cependant rien changé au système de paraphrase adopté par ce traducteur.

Il nous reste à parler de la traduction qui, depuis un siècle, a été le plus souvent réimprimée, et qui, sous le nom du P. Gonnelieu, auteur des pratiques et des prières dont elle est constamment accompagnée, passe pour la plus parfaite de toutes. Habent sua fata libelli; ce singulier jugement que répète, à peu près dans les mêmes termes, chaque nouvel éditeur de cette traduction, l'a rendue, en quelque sorte, l'objet d'un respect religieux, qu'il semble bien hardi de vouloir essayer de détruire. La vérité est cependant que le P. Gonnelieu n'a jamais traduit l'Imitation; que cette traduction, depuis si longtemps honorée d'une si grande faveur, est d'un libraire de Paris, nommé Jean Cusson, qui la fit paraître pour la première fois en 1673; et que, bien qu'elle ait été retouchée et corrigée par J.-B. Cusson, son fils, qui la publia de nouveau en 1712[11], y joignant alors, pour la première fois, les pratiques du P. Gonnelieu, elle n'est en effet qu'une continuelle et faible copie de celle de Saci, et, à notre avis, la plus médiocre de toutes les traductions que nous venons de citer[12].

[ [11] Ces documents bibliographiques ont été puisés dans une dissertation très-savante et très-bien faite sur soixante traductions françaises de l'Imitation, publiée en 1812 par M. A. A. Barbier, bibliothécaire du Roi.

[ [12] Tous les traducteurs de l'Imitation n'ont cessé de se copier les uns les autres; et Saci est celui auquel on a le plus fréquemment emprunté. (Voy. la dissertation déjà citée.) Du reste, tel est le désordre qui règne dans les réimpressions continuelles que l'on fait de ce livre, que ces pratiques du P. Gonnelieu se trouvent, dans plusieurs éditions, à la suite des traductions de Beauzée, de Lallemant, etc.; et néanmoins, dans l'avertissement de l'éditeur, c'est toujours «l'excellente traduction du P. Gonnelieu que l'on présente aux lecteurs, cette traduction qui surpasse toutes les autres pour la fidélité et l'onction

Quoique M. Genoude, surtout dans les deux premiers livres, les ait quelquefois corrigées heureusement, peut-être laisse-t-il encore quelque chose à désirer. Il nous a paru du moins qu'on pouvait, en conservant ce qu'il y a de bon dans les traductions anciennes[13], essayer de reproduire plus fidèlement quelques unes des beautés de l'Imitation. En ce genre de travail, venir le dernier est un avantage: heureux si nous avons su en profiter pour le bien des âmes, et si nous pouvons ainsi avoir quelque petite part dans les fruits abondants que produit tous les jours ce saint livre!

[ [13] Le P. Lallemant justifie cette manière de traduire l'Imitation par une réflexion pleine de sens: «Il y a, dit-il à la fin de sa préface, dans l'Imitation, un nombre d'expressions si simples, qu'il n'est pas possible de les rendre bien en deux façons. On ne doit donc pas être surpris de trouver en cette traduction plusieurs versets exprimés de la même manière que dans les éditions précédentes. Il ne serait point juste de vouloir obliger un auteur de traduire moins bien un texte, pour s'éloigner de ceux qui ont saisi la seule bonne manière de le traduire.»

L'IMITATION
DE
JÉSUS-CHRIST.

LIVRE PREMIER.
AVIS UTILES POUR ENTRER DANS LA VIE INTÉRIEURE.

CHAPITRE PREMIER.
Qu'il faut imiter Jésus-Christ, et mépriser toutes les vanités du monde.

1. Celui qui me suit, ne marche point dans les ténèbres, dit le Seigneur[14]. Ce sont les paroles de Jésus-Christ, par lesquelles il nous exhorte à imiter sa conduite et sa vie, si nous voulons être vraiment éclairés et délivrés de tout aveuglement du cœur.