Ces pièces, qu'on pourrait classer dans la catégorie des monnaies de nécessité, étaient très minces et d'une frappe grossière. Deux ans seulement après leur fabrication, elles étaient usées et on en distinguait difficilement la légende[ [236].

Le T. R. signifiait Théodore Roi. C'est ainsi que le traduisaient les partisans de Sa Majesté. Les Corses hostiles disaient: tutto rame, tout cuivre; les Génois: tutti ribelli, tous rebelles[ [237].

Il fut décidé que les pièces d'argent porteraient sur la face les armes de la Corse, c'est-à-dire la tête de maure ceinte d'une couronne fermée d'où pendait une chaîne à trois chaînons. La légende serait THEODORUS REX CORSICE. Sur le revers devait figurer l'image de la Vierge, nimbée de cinq étoiles; sur le milieu, partagée en deux, la date 1736, et comme légende MONSTRA TE ESSE MATREM S. P. Ces écus auraient valu trois livres[ [238]. Mais, au dire de Costa, un seul fut frappé[ [239].

La réproduction de la monnaie de Théodore à été faite d'après l'ouvrage du colonel Maillet: catalogue obsidionales et et de nécessité, Bruxelles, 1870-73, 2 vol. en 8o et 2 atlas oblongs avec 218 planches.

M.J. Protat, de Macon, collectionneur et numismate des plus érudits, a bien voulu me donner ce dessin et les clichés typographiques dont il a surveillé lui-mème la confection. J'ai le regret de n'avoir pu lui témoigner ma sincère gratitude avant sa disparation prématurée. Qu'il me soit au moins permis à sa mémoire un souvenir reconnaissant.

Comparez ce dessin, qui représente les pièces commes elles auraient dû être, avec la planche d'après les moulages.[ [240].

Cependant, au Cabinet des médailles de la Bibliothèque nationale de Paris, on peut en voir deux exemplaires. D'après E. Cartier, l'un d'eux serait faux[ [241].

Dès le début, les pièces de Théodore furent rares. Les numismates et les collectionneurs les recherchèrent comme objets de curiosité. Sur le continent une spéculation s'établit; elles atteignirent un prix élevé et, à Naples, on en fabriqua de fausses[ [242]. Il n'y aurait donc rien d'étonnant à ce qu'un des exemplaires du Cabinet des médailles provînt de la fabrique napolitaine et non du couvent de Tavagna, l'Hôtel de la Monnaie de Sa Majesté Théodore Ier[ [243].

Mais si les chercheurs et les curieux achetaient très cher ces pièces, les ouvriers, les soldats, les paysans, en général tous ceux qui voulaient être réellement payés, les refusaient avec énergie.