L’Ervum Lens, qui, déjà à Taoudjout, apparaissait comme subspontané, s’est ici tellement acclimaté qu’il abonde partout et forme pour ainsi dire le fond de la végétation dans les champs cultivés.

Le 24, au matin, nous sommes sur pied de bonne heure. Sassi-Fetouch et ses trois fils viennent nous faire leurs adieux et nous tenir l’étrier. Je ne me sépare pas sans regret de ces braves gens, représentants d’une noble et vieille souche berbère dont les rameaux occupent encore, jusque dans la Tripolitaine et le Fezzan[11], les montagnes où leurs ancêtres creusaient déjà leurs casemates au temps des premiers comptoirs puniques. Il faut admirer la fidélité pieuse avec laquelle ils ont conservé jusqu’à nos jours les traditions et les vertus obstinées de leur race.

Notre route est désormais facile : la vallée que nous descendons s’élargit, les crêtes rocheuses s’éloignent à l’horizon, la rivière sans eau que nous franchissons nous montre seule un lit de galets et bientôt nous débouchons dans la plaine où le Zizyphus Lotus et le Rhus oxyacanthoides verdoient en larges buissons. Le Rhanterium suaveolens réapparaît et devient bientôt la plante dominante avec le Thymelæa hirsuta. La route court tout droit au nord, égayée çà et là par les fleurs du Delphinium pubescens var. dissitiflorum et de l’Uropetalum serotinum.

Ce n’est qu’après plus de trois heures de marche que nous atteignons un ressaut rocailleux où poussent le Romarin, le Periploca angustifolia et le bel Erodium arborescens.

Au nord de ce coteau qui doit au Romarin son nom arabe de Djerf Oumm-el-Azir[12], un douar arabe entouré de chèvres, seul témoignage de la présence de l’homme dans la vaste plaine, nous fournit un peu de lait et nous ne tardons pas à faire la halte du déjeuner dans une dépression voisine d’un oued aux bords rocheux aimés des perdrix.

Le lit desséché de la rivière qui représente le cours inférieur de l’Oued Tour contient çà et là quelques minces amas de sable sur lesquels pousse avec vigueur le groupe des Graminées arénicoles : Arthratherum pungens, A. ciliatum, Pennisetum asperifolium, accompagnées du Convolvulus supinus et de l’Asphodelus viscidulus. Le coteau pierreux nous fournit le Lœflingia Hispanica et l’Hippocrepis ciliata.

Nous reprenons notre route et ne tardons pas à voir poindre d’abord, puis s’étendre, l’oasis d’El-Amdou, précédée de ghedirs d’eau saumâtre bordés de Tamarix. Le chemin longe ensuite une muraille moderne bâtie avec de grandes pierres taillées par les Romains. Encore quelques pas et le marabout de Sidi-Abou’l-Baba se dresse à notre gauche, puis les Palmiers de Gabès bordent la ligne d’horizon. Nous sommes arrivés.

IV

Le Sud de l’Aradh.

§ 1. — DE GABÈS À KÇAR-EL-METAMEUR.