Nous retrouverons désormais l’Helianthemum Tunetanum dans tout l’Aradh.

Départ de bonne heure le lendemain, 29 avril. Même terrain que la veille. Traversé successivement les Oued Medjerda, Zess et Mezessar. Campé pour la grande halte sur le bord de ce dernier, où nous constatons l’abondance de l’Anthyllis Henoniana et du Calycotome intermedia.

Le lit de l’oued offre :

Au pied des berges poussent de beaux pieds du Ricinus communis au moins subspontané.

Départ à midi. Toujours la plaine monotone de l’Aradh ; remarqué l’abondance des Deverra. Arrivée à deux heures à l’établissement de la compagnie mixte où nous sommes accueillis cordialement par le capitaine Rébillet et ses officiers. Nous faisons immédiatement une visite au village de Kçar-el-Metameur[13], situé à un kilomètre et demi plus au sud. Sauf quelques boutiques et un certain nombre de tentes appartenant aux tribus nomades, le village ne contient que des magasins superposés quelquefois sur trois et quatre étages, dans lesquels plusieurs tribus arabes ou berbères déposent leurs céréales et leurs provisions, sous la protection respectée des habitants. Ces greniers consistent tous dans une chambre unique, voûtée, qui n’a d’autre ouverture que la porte à laquelle on accède, pour les étages supérieurs, au moyen de degrés irréguliers fichés dans le mur, degrés dont l’ascension, ou plutôt l’escalade, exige une véritable gymnastique.

Les habitants, grossiers, sobres et avares, ont les mœurs républicaines des Kabyles. Je vois le Cheikh-el-Arf, vieillard à l’aspect vénérable et à barbe blanche, devant lequel ils portent leurs différends et qui les termine par voie d’arbitrage, sans avocats et sans frais. Le Mïad (Djemâa) a tous les pouvoirs et fait exécuter ses décisions par un chef élu, le Cheikh-Chartia.

Au pied du kçar, le long de l’oued, s’étendent les jardins qui, indépendamment des eaux fournies par les grandes crues, naturellement insuffisantes, sont irrigués au moyen de puits. Le système d’arrosage est le même qu’au Mzab. Les dattes sont de qualité très inférieure, mais les figues sont excellentes et les légumes assez abondants, surtout les Oignons, les Tomates, les Piments et diverses espèces de Cucurbitacées.

La matinée du 30 est consacrée au repos et à la préparation des récoltes.

Dans l’après-midi, visite à Kçar-el-Moudenin. Nous traversons cinq kilomètres d’un pays plat, dont la végétation pauvre, uniforme et grise est la caractéristique de l’Aradh : le Scabiosa arenaria, le Rhanterium suaveolens, les deux Armoises (Artemisia campestris et Herba-alba), les Thymelæa hirsuta et microphylla, le Gymnocarpos decandrum, le Linaria fruticosa, le Lygeum Spartum et l’Andropogon hirtus en forment le fond invariable, auquel viennent s’ajouter le Carduncellus eriocephalus et des pieds assez nombreux d’Atractylis flava.