L’absence de sable, qui entraîne l’absence de la plupart des espèces que l’on est habitué à considérer comme plus exclusivement sahariennes, donne à cette plaine basse, malgré sa situation très avancée dans le sud, l’aspect et la couleur de nos Hauts-Plateaux algériens.

Aux approches du kçar, le terrain devient rocailleux, les silhouettes des Palmiers se découpent sur le ciel d’un bleu cru. Nous traversons un oued sur un lit hérissé de galets, et nous entrons dans le village, beaucoup plus considérable que celui de Kçar-el-Metameur. La réputation de ses marabouts lui attire la clientèle de nombreuses tribus dont chacune possède son quartier de magasins à plusieurs étages. Sur une place centrale, grande, mais irrégulière, s’ouvrent de nombreuses boutiques, tenues en grande partie par des juifs qui vendent à peu près de tout, surtout les articles de contrebande et de la poudre. Il y a en outre des ateliers de forgerons et de cordonniers, mais l’établissement le plus remarquable est un café. La mosquée à minaret carré est coiffée d’une grosse coupole couverte de briques vernissées vertes, qui se redressent comme les écailles des dragons fabuleux.

Les Dattiers appartiennent aux variétés cultivées chez les Matmata et à Kçar-el-Metameur, et donnent des produits abondants mais détestables.

Les habitants sont presque tous drapés dans une longue couverture brune, coiffés d’une calotte rouge et chaussés de pantoufles (belgha) jaunes ou de bottines brodées du Fezzan.

Comme souvenir de notre visite, nous achetons une poire à poudre indigène en bois (balaska) en forme de disque surmonté d’un goulot, curieusement sculptée au couteau, et nous revenons d’un trot rapide hâté par le scintillement des premières étoiles.

§ 2. — LES HAOUAÏA ET LES GHOMRASEN.

Le 1er mai commence notre exploration du massif montagneux qui, depuis le pays des Matmata, borde à l’ouest la plaine de l’Aradh jusqu’au delà de Douiret et se recourbe ensuite presque à angle droit pour pénétrer en Tripolitaine.

Le capitaine Rébillet nous accompagne avec un officier, vingt-cinq cavaliers et dix mulets. Nous formons une petite colonne en avant de laquelle un cavalier arabe joue de la flûte et bondissent deux lévriers.

La plaine plate offre toujours la même végétation ; nous remarquons seulement d’assez nombreuses touffes de Stipa gigantea. Nous rencontrons quelques outardes (houbeïra) qui, avant de s’enlever, courent en battant des ailes, et, non loin d’un douar arabe, un cercle de vautours plane au-dessus de la carcasse d’un chameau.

Enfin la montagne grandit et, près de sa base, nous rencontrons un oued sur les bords duquel poussent, à la limite de quelques champs d’orge et de froment, de beaux buissons de Zizyphus Lotus, de Rhus oxyacanthoides, de Calycotome et de Periploca angustifolia. Je mets pied à terre un instant pour cueillir le Ruta bracteosa dont les graines sont sans doute descendues des hauteurs, et le Farsetia Ægyptiaca que je n’ai pas encore rencontré depuis Gabès. L’oued franchi, nous tournons à gauche et gravissons un ravin sans caractère, au sol d’un blanc grisâtre que percent de minces pointes de roches calcaires. Nous y déjeunons près d’un puits naturel, d’ailleurs peu abondant, sans que je puisse découvrir aux environs une seule plante intéressante.