PARIS.
IMPRIMERIE NATIONALE.


M DCCC LXXXVII.


En 1883 la Mission botanique dont je faisais partie et que dirigeait M. le docteur E. Cosson, président de la Commission de l’exploration scientifique de la Tunisie, avait étudié la végétation de la partie septentrionale du pays depuis le littoral nord jusqu’à El-Djem et El-Kef. En 1884, je fus chargé par le Ministre de l’Instruction publique de visiter la région qui s’étend au sud des grands Chotts et de remonter ensuite le long de la zone voisine des Hauts-Plateaux algériens jusqu’au voisinage de Tebessa, tandis que mes collègues, MM. Doûmet-Adanson, Bonnet et Valéry Mayet devaient explorer l’île de Djamour au nord, les îles Kerkenna et de Djerba dans le golfe de la Syrte, ainsi que la région comprise entre Sfax et Gafsa et le nord des grands Chotts. Je devais aussi, en me rendant de Bône à Tunis par terre, faire une herborisation de premier printemps dans la partie supérieure de la vallée de la Medjerda, spécialement à Ghardimaou. Parti d’Alger le 21 mars, avec mon préparateur M. Lecouffe, j’accomplis d’abord cette partie de mon programme avant de gagner Tunis où je fus rejoint par M. Lataste, membre de la mission, chargé de l’étude des animaux vertébrés. Nous profitâmes d’un séjour forcé dans cette ville pour faire une course rapide à Porto-Farina et pour voir le Djebel Reçaç, où M. Doûmet-Adanson avait herborisé en 1874.

Débarqués ensuite à Gabès, nous avons visité successivement toutes les parties du Sud tunisien que l’état politique du pays nous permettait d’aborder : la longue plaine de l’Aradh, jusqu’auprès de l’Oued Feçi, l’oasis de Zarzis et le grand relief montagneux du Djebel Demeur habité par les tribus des Matmata, des Haouaïa et des Ghomrasen, sans pouvoir, à notre grand regret, pénétrer jusqu’à Douiret et jusqu’aux grands sables des aregs ; l’oasis d’El-Hamma des Beni-Zid, la plaine qui s’étend entre le Djebel Tebaga et le Chott El-Fedjedj, puis le nord du Nefzaoua dont la partie méridionale nous était fermée. Traversant ensuite le Chott El-Djerid entre Debabcha et Kriz, nous avons parcouru le Beled El-Djerid de Sedada à Nefta, et suivi le pied du Djebel Cherb oriental que nous avons traversé pour aller nous ravitailler à Gafsa. Enfin, gagnant Feriana au nord, nous avons consacré la dernière partie de notre mission à d’intéressantes recherches sur les plateaux et dans les forêts de Pins de la frontière, recherches qui se sont terminées par l’escalade du plateau à pic de Guelâat Es-Snam[1] et par notre arrivée à Tebessa sur le territoire algérien.

Pendant toute la durée de notre voyage, je me suis scrupuleusement renfermé dans les limites et dans les termes de la mission qui m’avait été confiée, et lorsque des circonstances impérieuses m’ont conduit sur le domaine réservé à mes collègues, comme à Houmt-Souk et à Gafsa, je me suis soigneusement cantonné dans la chasse aux Mollusques dont l’étude m’était spécialement attribuée en collaboration avec mon savant ami, M. J.-R. Bourguignat[2], ou dans la rédaction de notes relatives au dialecte berbère de l’île de Djerba.

C’est pour moi, en terminant, un devoir impérieux de signaler le bienveillant appui qui nous a été prêté aussi bien par M. le Ministre résident, M. Cambon, et par M. d’Estournelles, son secrétaire général, que par M. le général Boulanger, commandant du corps expéditionnaire.

Je serais véritablement ingrat si je pouvais oublier la réception réellement affectueuse et si hospitalière qui nous a été faite à Gabès par le colonel de La Roque et par le Ferik Allegro, si je ne rendais ici hommage à l’accueil cordial que nous avons trouvé à Kçar El-Metameur auprès de M. le capitaine Rébillet qui nous a accompagnés chez les Haouaïa et les Ghomrasen, à Tozer auprès de M. le capitaine du Couret et de M. le lieutenant de Fleurac, chargé du service des renseignements, à Gafsa auprès de M. le colonel d’Orcet et du capitaine, chef du même service, à Feriana auprès de M. le docteur Robert, directeur de l’hôpital militaire et zélé botaniste, enfin auprès de tous les officiers avec lesquels nous nous sommes trouvés en rapport.

C’est à ce concert de bonnes volontés et d’actives sollicitudes que nous avons dû de mener à bonne fin un voyage long et difficile et de visiter, dans les meilleures conditions, des régions qui jusqu’ici étaient restées presque en dehors des explorations scientifiques.