Je dois aussi exprimer ma gratitude à mon excellent ami M. le docteur E. Cosson, qui a bien voulu me donner le concours de son expérience et de sa connaissance approfondie de la flore du Nord-Afrique et vérifier avec moi la détermination de la plupart des plantes mentionnées dans ce Rapport.



RAPPORT
SUR
UNE MISSION BOTANIQUE
EXÉCUTÉE EN 1884
DANS LE NORD, LE SUD ET L’OUEST
DE LA TUNISIE.


I

D’Alger à Tunis par Ghardimaou.

Chargé d’explorer le Sud tunisien au point de vue de l’histoire naturelle et plus spécialement de la botanique, je partais d’Alger, le 21 mars, avec mon préparateur M. Lecouffe, et le 29, de grand matin, nous quittions Souk-Ahras pour nous diriger vers la plaine de la Medjerda par la route des crêtes. Dans l’après-midi nous faisions halte au milieu des hautes futaies de la forêt algérienne des Oulad Dhia où, dans une rapide herborisation, je recueillais les Doronicum scorpioides, Luzula Græca, Montia fontana, Gagea villosa qui doivent certainement se retrouver dans les forêts tunisiennes des Ouchteta.

Le lendemain nous quittons, après déjeuner, le camp hospitalier d’Aïn-Meçran et nous descendons de la montagne par une route qui serpente au milieu de la forêt. Peu à peu les Chênes-Zehn s’éclaircissent et finissent par disparaître. La route descend toujours ; sous l’attaque incessante des incendies, le Chêne-Liège a succombé malgré sa cuirasse ; on n’aperçoit plus que des troncs noircis au milieu des Bruyères et des Arbousiers. Après avoir franchi une dernière crête rocheuse, nous disons adieu à la végétation arborescente pour traverser des plateaux cultivés. Quelques pas encore, nous sommes en Tunisie, sans que rien, pas même la présence d’un douanier, nous en ait avertis.

Nous abandonnons le plateau pour descendre dans la plaine de Ghardimaou ; sur les dernières pentes, la route se déroule au milieu des broussailles (Calycotome villosa, Genista tricuspidata, Cistus Monspeliensis et C. salvifolius), que dominent les Azeroliers. Je recueille le long des talus les Orchis tridentata, patens, longicornu, ainsi que l’Alyssum campestre, assez rare en Tunisie. En descendant encore, nous apercevons les premières rosettes du Mandragora microcarpa que nous rencontrerons désormais partout et, dans un large ravin, des buissons de Rhus pentaphylla[3] et de Rhamnus oleoides sont couverts de fleurs. Mais la nuit nous menace, nous nous hâtons de traverser la Medjerda et de gagner les baraquements de Ghardimaou.