Toute la journée du 31 mars est consacrée à l’herborisation, d’abord de la plaine basse autour du village, puis des pentes gazonnées formant talus qui conduisent à un niveau supérieur d’alluvions plus anciennes. Sur ces pentes croissent quelques arbustes égarés dans la plaine nue, deux Orchidées (Ophrys lutea et O. tabanifera), le Narcissus Tazetta, le Parietaria Lusitanica et le curieux Ambrosinia Bassii qui n’avait pas encore été indiqué en Tunisie.

Dans les moissons, nous signalerons l’abondance des Fumariacées : Fumaria agraria, F. officinalis, F. micrantha, F. parviflora, Platycapnos spicatus.

Nous citerons encore : Diplotaxis erucoides, Iberis odorata, Carrichtera Vellæ, Fumana lævipes, Althæa longiflora, Aizoon Hispanicum, Saxifraga Carpetana, Krubera leptophylla, Valerianella discoidea, Pyrethrum macrotum, Picridium intermedium, Barkhausia taraxacifolia, Cynoglossum clandestinum, Myosotis versicolor et Linaria rubrifolia, ces trois dernières plantes nouvelles pour la flore tunisienne.

Après le déjeuner, une nouvelle course nous conduit jusqu’au bord de la Medjerda, dont les berges taillées verticalement dans l’argile ne nous offrent qu’une végétation insignifiante, et nous visitons au retour les collines aux tons rouges et violacés dans le flanc desquelles s’ouvre la grotte peu profonde qui a donné son nom à Ghardimaou[4]. La roche, très friable, où brillent des cristaux de sel marin, de plâtre et de magnésie, présente une végétation spéciale composée presque uniquement d’espèces halophiles ou méridionales : sur les parois inclinées poussent le Pistacia Terebinthus, le Genista cinerea, l’Artemisia Herba-alba, l’Atriplex Halimus qui porte ici le nom classique du Câprier[5], le Deverra scoparia et de grosses touffes de Camphorosma Monspeliaca, tandis que, sur les débris accumulés au pied du talus rapide, nous recueillons : Statice globulariæfolia, Adonis microcarpa, Silene nocturna et un Erodium jeune qui nous paraît être l’E. glaucophyllum.

Une exploration plus prolongée eût peut-être amené de nouvelles découvertes, mais le ciel, qui, depuis une demi-heure, se couvrait de nuages, nous détache comme avertissement quelques larges gouttes de pluie. Nous fuyons devant l’averse, mais elle nous atteint à la hauteur des premières baraques de Ghardimaou et nous rentrons à l’auberge à demi trempés.

Le lendemain, nous prenions le chemin de fer et, après avoir traversé l’immense et monotone plaine de la Medjerda, coupée près de Beja par des collines roses et vineuses comme celles de Ghardimaou, au milieu desquelles la rivière « se recourbe en replis tortueux », nous arrivions à Tunis.

II

Excursion au Djebel Reçaç et à Porto-Farina.

A peine installé à Tunis et après les visites officielles, je me préparais à prendre le bateau de la côte pour gagner Gabès sans retard, lorsque l’arrivée de mon collègue M. Lataste, chargé de l’étude des animaux vertébrés, et la mort du vice-consul de Sfax, mon ami M. Seignette, auquel j’avais adressé d’Alger le plus gros de mes bagages, m’imposèrent la nécessité de prolonger notre séjour d’une semaine.

Quelques promenades au bord du lac, destinées surtout à la recherche des Mollusques, me donnèrent l’occasion de constater que le Cotula coronopifolia, découvert l’année précédente par notre président, M. le docteur Cosson, sur la route de la Goulette, n’était point cantonné dans cette localité et encombrait les fossés qui pénètrent dans le lac à droite de la ville. Je rapportai des cimetières le joli Fagonia Cretica et l’Ammosperma cinereum (Sisymbrium cinereum).