Rentrés dans l’oasis, nous traversons des jardins, ornés de beaux Rosiers, où les tourterelles roucoulent dans les Dattiers et nous visitons à la lisière le village abandonné de Bou-Ali. Nos oreilles sont assourdies par le bruit enragé d’une musique composée presque uniquement de gros tambours ; nous voyons déboucher devant nous et courir en cadence des files de gens qui portent sur leurs épaules d’énormes troncs de Palmier destinés à un travail d’utilité publique[25]. Nous grimpons la pente du Draâ et, après avoir longé tout un quartier de la ville, nous arrivons inopinément en face d’une immense excavation (Ras-el-Aïoun) au fond de laquelle s’épanouissent à près de vingt mètres en contre-bas les sources les plus considérables de l’oasis qui sourdent comme à Tozer d’un lit de sable fin encadré dans des argiles ; des jardins de Dattiers bordent les ruisseaux qui en sortent pour former, au fond d’un ravin étroit, un oued qui coupe Nefta en deux parties inégales.

6 juin. Bien que les insectes nous aient respectés, nous avons mal dormi dans le Dar-el-Bey où la chute des plâtras et des poussières tombant du plafond nous a tenus en éveil presque toute la nuit ; aussi sommes-nous en selle à la première réquisition de notre guide. Nous prenons cette fois le sommet du Draâ d’où nous pouvons apercevoir à l’ouest le Chott El-Gharsa, plus au nord les montagnes roses de l’Algérie et à l’est l’immense étendue du Chott El-Djerid, presque entièrement couvert d’une couche miroitante de sel. Un coup d’œil suffit pour constater la différence de niveau des deux sebkhas.

En approchant de Tozer nous remarquons l’abondance du Cornulaca monacantha et plus loin la prédominance du vulgaire Peganum Harmala.

Après midi, nouvelle promenade dans l’oasis de Tozer où, sauf une Malvacée qui nous paraît être le Malva tomentella, nous ne rencontrons que les plantes vulgaires du bord des eaux ou des décombres : Parietaria diffusa, Sonchus maritimus, Apium graveolens, Inula viscosa, I. crithmoides, Malva parviflora, Statice delicatula, Chenopodium murale, etc.

La journée du 7 est consacrée à l’exploration d’El-Hamma du Djerid, situé à la racine du Draâ, du côté de l’ouest. Comme dans les oasis que nous venons de visiter, les sources supérieures coulent au-dessous de sables terreux agglutinés et d’argiles, à environ 20 mètres de la crête : leur température est, comme à Tozer et Nefta, d’environ 28 degrés ; mais plus bas, dans le lit même du ruisseau qui provient de ces sources, surgissent des eaux beaucoup plus chaudes, puisque leur température dépasse 40 et atteint même 45 degrés. Deux gourbis reçoivent les baigneurs ; l’un d’eux est réservé aux dames. Ils sont sous la surveillance d’un qaouadji (cafetier) qui ne perçoit comme rétribution que le prix des tasses ingurgitées par ses pratiques. Plus bas la plèbe vile qui n’absorbe pas de café s’agite pêle-mêle dans le lit du ruisseau.

L’oasis est en décadence : au milieu des vergers on rencontre des vides marécageux envahis par les Joncs et le Statice, probablement nouveau, déjà plusieurs fois constaté par nous dans la région. M. le lieutenant de Fleurac, qui a eu l’obligeance de nous accompagner, nous conduit à l’un des trois villages de El-Hamma. Pendant que le chef du bureau des renseignements écoute les doléances de nos hôtes qui se plaignent de l’envahissement des sables et de la misère des temps, je procède à l’exploration botanique des abords du hammam. La crête du Draâ est complètement chauve et aride, mais à son pied le terrain argilo-sablonneux se couvre d’une abondante végétation et me fournit une liste intéressante :

Le dimanche, 8 juin, est consacré presque entièrement à l’établissement de notre itinéraire et aux préparatifs de départ ; dans l’après-midi, je vais faire une promenade au nord-est de Tozer pour recueillir des Hélices dans le sable et j’en rapporte quelques plantes : Carduncellus eriocephalus, Tanacetum cinereum, Lithospermum callosum, Deverra chlorantha, Rhanterium suaveolens que l’on doit retrouver aussi du côté de la frontière algérienne, Silene setacea et Astragalus Gyzensis.

Le 9, nous faisons nos adieux au capitaine du Couret, au lieutenant de Fleurac et à tous les officiers à qui nous devons un si aimable accueil et nous reprenons la route de Kriz en traversant la tête des oasis qui forment le canton de El-Oudian. En passant près de Degach nous faisons une halte de quelques minutes pour recueillir le Crozophora verbascifolia. Nous arrivons de bonne heure à Sedada, le village le plus septentrional du Djerid, et, pendant que l’on prépare le déjeuner, je remonte une dépression sablonneuse qui mène au contrefort sur lequel s’élève la mosquée du cheikh Sid-Ahmed-bou-Hillal entourée de nombreux tombeaux. La tradition populaire place dans la montagne auprès de Sedada, qu’on appelle aussi le pays de Dakious (Décius ?), une caverne où reposeraient les fabuleux Sept Dormants, mais personne parmi les habitants ne consent à m’y conduire.

Je citerai parmi les plantes que je rapporte de ma promenade :