Un peu avant Limaguès et Seftimi commence la région si curieuse du Nefzaoua que traverse une double chaîne de collines, prolongation et atténuation du Djebel Tebaga. Des deux côtés de l’arête centrale qui finit par s’effacer complètement vers la pointe ouest du pays, des sources, probablement artésiennes pour la plupart, sourdent au fond de nombreux bassins et alimentent des oasis qui s’étendent jusque dans la région des Aregs. Déjà le sable commence à se montrer assez abondamment près de Kebilli et la végétation à se rapprocher de la flore saharienne de Biskra ainsi que l’indique l’apparition de l’Euphorbia Guyoniana, du Malcolmia Africana, du Reseda Alphonsi et du Tamarix pauciovulata. En approchant du grand Chott El-Djerid, les terrains salés et les Salsolacées se multiplient, tandis que les collines rocheuses issues du Tebaga deviennent d’une aridité désolée.

Du côté occidental du chott, dans le Beled-el-Djerid, la tendance que nous venons de signaler s’accentue bien davantage : les Fagonia virens, l’Oligomeris dispersa, le Polycarpæa fragilis, le Sclerocephalus Arabicus, l’Astragalus Gyzensis, le Cyperus conglomeratus, l’Arthratherum obtusum et l’Andropogon laniger s’ajoutent aux espèces des Ziban déjà mentionnées, tandis que l’apparition inattendue du Panicum turgidum, cette curieuse Graminée égyptienne découverte par notre ami M. le Dr V. Reboud dans la vallée de l’Oued El-Arab, rattache le Djerid aux vallées sahariennes de l’Aurès.

La bordure étroite qui s’étend au nord du Chott El-Djerid, au pied du long massif du Djebel Cherb, montre une végétation identique, dans son ensemble, à celle de la rive méridionale ; mais les gorges de la montagne et les oueds qui en sortent offrent quelques plantes d’un intérêt particulier : un Sporobolus probablement nouveau, le Lotus hosackioides, déjà recueilli aux mêmes lieux par M. le Dr André et qui se retrouve au sud du Maroc, les Megastoma pusillum, Echinospermum Vahlianum, Salvia Jaminiana et Aristida Adscensionis var. pumila.

Dans tout le bassin des Chotts, comme dans l’Aradh, l’Anarrhinum brevifolium et le Rhanterium suaveolens sont également abondants et paraissent s’étendre dans l’ouest jusqu’aux limites de l’Algérie, si même ils n’y pénètrent pas.

L’influence saharienne se fait encore sentir, quoique plus faiblement, dans les plaines au nord de la chaîne du Cherb et se prolonge même le long de la vallée de l’Oued Feriana, ouverte aux effluves du midi, tandis que sur les collines, à partir de Sidi-Aïch, domine la flore des hauts plateaux. Un îlot de verdure, au milieu du lit de l’Oued Zitouna, présente un singulier mélange de plantes du sud qui y remontent et d’espèces du nord qui y sont descendues, amenées par les eaux.

A Feriana, le changement est complet : le Halfa règne en maître dans la plaine et sur les hauteurs ; les Pins d’Alep et les Genévriers s’étendent en lignes claires ou en massifs forestiers profonds, suivant la disposition du terrain et la fréquence des incendies : dans les gorges, le long des rochers, sur le bord des oueds, la végétation ressemble à celle des environs de Tebessa et des parties basses de l’Aurès. On peut y signaler toutefois quelques plantes spéciales, telles que l’Hypericum Roberti. Au Teucrium Alopecuros du sud, cantonné dans la chaîne des Matmata, des Haouaïa et dans les Djebels Aziza et Tebaga, se substitue le Teucrium compactum des pentes inférieures de l’Aurès et des Maâdid ; à l’Helianthemum Tunetanum, les Helianthemum Fontanesii et lavandulæfolium. La flore du sud a disparu sans laisser de traces ailleurs que sur quelques points où la désagrégation du grès favorise la croissance de deux ou trois espèces surtout arénicoles.

Cette région du Halfa et des forêts de Pins continue en Tunisie les Hauts-Plateaux de la province de Constantine avec leurs collines et leurs montagnes isolées ; c’est bientôt, en s’avançant à l’est, la région des Hamadas où les reliefs sont presque tous couronnés par des tables rocheuses plus ou moins inclinées, au-dessus de vallées dont le niveau s’abaisse graduellement vers Kairouan et l’Enfida.

Le Guelâat Es-Snam, qui s’élève près de la frontière et atteint 1454 mètres, est lui-même une véritable hamada, et l’un des points culminants de la Tunisie. Aussi offre-t-il une végétation particulière qui se retrouve d’ailleurs sur les montagnes de même altitude du cercle de Souk-Ahras et sera peut-être constatée sur quelques-unes de ces montagnes boisées des environs de Sbiba au pied desquelles a passé Desfontaines.

Nous venons d’indiquer à grands traits les caractères principaux de la flore tunisienne dans les régions que nous avons abordées ; le président de la Mission de l’exploration scientifique de la Tunisie a déjà fait connaître le résultat de la campagne botanique de 1883 dans le nord du pays. Il résulte de ces constatations qu’il manque à cette flore deux des plus beaux fleurons de celle de l’Algérie : les espèces des montagnes élevées et celles du grand Sahara. La nature lui a refusé les plantes des hauts sommets, il suffira sans doute d’une exploration dans le Sud pacifié pour y trouver au moins une partie des secondes.