on doit remarquer que l'
, surmonté d'un point, est constant dans les plus anciens manuscrits en capitale, comme en onciale. Reste alors le
barré, qui est certainement un signe anglais, employé pour rendre le son qui plus tard sera noté th; mais il est très admissible qu'un Normand ait reproduit ce nom propre, d'après le modèle écrit qu'il avait sous les yeux. Sa présence ne peut donc permettre de conclure à une origine anglaise de la Tapisserie.
Avec raison, les auteurs anglais n'ont pas invoqué ces arguments. Freeman, qui, dans son Histoire de la Conquête normande, souligne avec tant de soin ce qui peut être avantageux pour l'Angleterre, n'en parle pas, et se base uniquement sur le mot CEASTRA, pour conclure que la Tapisserie a été probablement exécutée en Angleterre, mais sur un plan venu de Normandie [157]. Quant à Fowke [158], il déclare qu'elle a été faite en Normandie, par des ouvrières normandes avec des laines du Bessin [159].
[p. 179] Enfin, on ne peut omettre de remarquer l'inscription qui mentionne la bénédiction du repas donné à Hastings: Hic episcopus cibum et potum benedicit. Elle ne désigne le prélat que par sa qualité, et ne donne pas son nom; c'est donc qu'il était connu, et du rédacteur de l'inscription et de tous ceux à qui la Tapisserie était destinée; or, c'est la réflexion qui nous dit qu'il s'agit d'Odon de Conteville, frère du Conquérant, représenté cinq fois dans la tenture. Il n'est pas nommé quand il participe à l'expédition de Bretagne (Pl. II, n° 18), ni au Conseil à Rouen où la guerre est déclarée (Pl. IV, n° 38). Sa tonsure fait seulement reconnaître un prêtre, et c'est l'histoire qui nous permet de le nommer. Au conseil tenu à Hastings, comme dans la bataille, on précise, on écrit l'évêque Odon, Odo episcopus. Si ici, dans cette première mention, on se contente de son titre episcopus, c'est que la Tapisserie est destinée à Bayeux, à la ville où cet évêque a son siège épiscopal, où il exerce actuellement son pouvoir sacerdotal. Après sa mort, on aurait mentionné son nom.
Donc ce mot de l'inscription est encore une sérieuse présomption, sinon une preuve complète, que la Tapisserie est contemporaine des événements, et qu'elle est une œuvre Bayeusaine, car il n'y a que les fidèles du diocèse pour employer cette expression [160].