—Si Privat s’embête, répondit Dumas redevenu sérieux, laissez-moi payer ma voiture, et je suis des vôtres.»
Au coin du Pont-Neuf, nous rencontrâmes Alfred de Musset qui causait avec Eugène Delacroix. En quelques mots, nous les mîmes au courant de cette invraisemblable histoire.
«Mais moi aussi je m’embête, murmura le doux poète.
—Vous, mon cher Alfred, ce n’est pas la même chose, dit Delacroix avec vivacité; vous en avez l’habitude. Mais pour Privat, c’est bien différent.
—Allons donc», fit Musset avec résignation.
En marchant à l’aventure, nous avions traversé le pont et gagné la place des Trois-Maries, quand Dumas nous arrêta en étendant ses deux grands bras.
«Attention! dit-il, nous sommes sauvés: j’aperçois Eugène Sue qui mange des prunes chez la mère Moreau.»
Ganté de frais, vêtu avec l’élégance la plus correcte, Eugène consommait coup sur coup les noix, les prunes et autres fruits confits.
«J’étudie», fit-il avec un fin sourire en nous voyant envahir son refuge.
Le chinois qu’il portait à sa bouche lui échappa des doigts quand il connut le but de notre visite. Il semblait atterré, et longtemps il réfléchit en silence.