«Eh quoi! Privat s’embête?»

Et, de sa plus douce voix, Bouchot ajouta:

«Mes chers amis, cela ne peut durer plus longtemps... J’ai gagné 14,000 francs, je les prends, et nous allons essayer de distraire notre pauvre camarade.»

Le lendemain matin, les 14,000 francs étaient dépensés. Privat ne s’embêtait plus, et tout le monde était content.»

Quand bien même cette historiette ne servirait qu’à démontrer la sympathie qui entourait Privat, nous ne devions pas oublier de la mentionner ici.

Cependant il n’était pas non plus à l’abri de la moquerie; j’en citerai un exemple tiré d’un petit livre oublié:

«L’hiver dernier, un soir, M. Privat d’Anglemont faisait le whist de l’ambassadeur d’Angleterre. La gracieuse duchesse de B..., dont les incroyables cheveux d’or sont la gloire du faubourg Saint-Germain, s’était approchée du fauteuil de notre élégant écrivain. «On dit que vous faites de très jolis vers, Monsieur d’Anglemont...» murmura-t-elle de sa voix la plus blonde. Le whist terminé, plusieurs autres charmantes femmes, parmi lesquelles nous citerons la jeune princesse Lugdanoff, se joignirent à la duchesse de B... pour engager M. Privat d’Anglemont à réciter quelqu’un de ses délicieux sonnets, auxquels son organe musical ajoute un charme de plus. Après s’être fait un peu prier, mais pas plus qu’il ne faut pour rester dans les traditions, le poète s’accouda contre la cheminée, et, passant légèrement ses doigts dans les boucles parfumées qui gênaient son front, il commença:

Pauvre Dupuy, marchand d’vin malheureux,
Que de gouapeurs trompèr’nt ta confiance!
Tu n’avais pas assez de méfiance,
Ils t’ont fait voir le tour comme des gueux! etc., etc.

«Cette ballade, qui n’a pas moins de cent soixante vers, enleva tous les suffrages. La petite marquise de C..., femme de notre consul à Lisbonne, pinça bien un peu les lèvres, mais cette moue passa inaperçue au milieu de l’enthousiasme général[B].»

Comment finit Privat? Par l’hôpital, par les hôpitaux. C’était prévu.