«Ah! le beau chanteur, et mes dix sols, quand me les donneras-tu, mes dix sols, vieux sac à vin? Ça ne peut pas durer comme ça, je ne paye pas les impôts avec des sornettes, et le propriétaire avec des chansons, moi. Il me faut de l’argent, à moi: ah! mais, ou pas de clef.
—Allons, vieille, pas de mots inutiles; il y aura à la Saint-Marengo quarante ans que tu me dis la même chose, et je suis toujours ici. Que ferais-tu sans ton petit Moscou, ton ami, ton chéri?
—C’est bon, c’est bon, je ne me contente plus de belles paroles, moi, il me faut des espèces.
—Cependant...
—Il m’en faut.
—Je n’en ai pas, la vieille... crème des bonnes femmes. Déclare-moi en faillite, fais-moi faire banqueroute, déshonore ton vieil ami, cloue son nom au pilori, envoie-le à Clichy, pour dix sols qu’il te doit après quarante ans de location. Mais je te l’ai payée, ta baraque; allons, ouvre, et ne fais pas de peine à celui qui a l’honneur d’être ton très humble et très obéissant serviteur, Antoine-Joseph Dallaud, dit Moscou la Bravoure.»
Il profite du moment où la mère Marré a le dos tourné, il allonge le bras, tire le cordon et sort en chantant:
La victoire est à nous! zim, boum, boum!
La pauvre vieille le regarde s’éloigner et dit:
«Cet être-là fait de moi ce qu’il veut.»