L’autre, toute jeune, jolie, potelée, rose et blanche. De larges yeux inexpressifs éclairaient son doux visage innocent.

Pourtant il y avait une ressemblance entre ces deux femmes et l’on devinait qu’un jour, plus tard, il sortirait une affreuse vieille pointue, de tant de grâce et de fraîcheur...

Elles se tenaient discrètement près de la porte, humbles, déférentes, avec des sourires craintifs. Et elles se prosternèrent, sur le seuil, en quittant leurs nobles clientes.

Le maître étant absent, des ordres furent donnés pour que s’éloignassent les serviteurs mâles, et nous allâmes dans l’arsa soigneusement close. Les Chérifat, nonchalantes, firent quelques pas dans les allées et, tout de suite lasses, s’affalèrent sur des sofas que les esclaves disposaient le long d’un mur. Je passai plusieurs heures avec elles.

Je partis vers le moghreb, et m’étonnai, au sortir du fantastique chemin entre les ruines, de retrouver les deux Juives blotties l’une contre l’autre, frissonnantes comme des poules durant un orage...

Elles se précipitent vers moi, baisent le bas de ma jupe, mon épaule, mes mains.

—Nous nous mettons sous ta protection! Ne nous abandonne pas! implorent-elles.

—Sans doute, mais qu’y a-t-il?

—Écoute! disent-elles avec un visage de terreur. Les Aïssaouas!...

Au delà de Bab Mansour, je perçois, en effet, la rumeur caractéristique, le rythme précipité du nom d’Allah...