—Tu porteras à ta maîtresse mon salut le plus excellent... qu’y a-t-il? Pas de mal, s’il plaît à Dieu?
—Il n’y a rien d’autre que le bien... Lella Marzaka te prie de venir maintenant.
—Pourquoi?
—Pour voir Lella Oum Keltoum, répond la négresse, avec un certain embarras.
Je n’insiste pas... Accroupie dans un coin, Rabha écoute, attentive; Yasmine et Kenza sont entrées, sans pudeur, pour surprendre notre entretien; Kaddour rôde à travers la galerie, et je présume que Hadj Messaoud, au fond de sa cuisine, est déjà, comme les autres, informé d’un événement que j’ignore toujours...
Un silence insolite régnait chez mes voisines, Lella Oum Keltoum reste invisible; les esclaves, muettes et en attente, prennent des allures solennelles. Marzaka doit faire effort pour ne point omettre les formules de bienvenue. Elle renvoie ses négresses et s’affale, dramatique, sur le sofa...
—Chose étonnante! Cette fille me tue!... En vérité sa tête est folle!... Hier soir elle avait accepté le mariage avec Mouley Hassan. J’envoyai aussitôt prévenir le Cadi. Or, ce matin, quand elle sut que les notaires devaient venir, elle a fait serment de répondre «Non» à toutes leurs demandes. Honte sur nous! Honte sur la maison!
Marzaka se frotte les joues, elle essuie des larmes qui ne coulent pas, et se pâme, réellement bouleversée. J’aurais pitié de sa ridicule détresse, si je ne savais, par Lella Meryem, ce qui rend cette mère si favorable à Mouley Hassan: des bracelets de cheville déjà reçus, lourds et de bon argent, et le collier promis pour les noces, où les émeraudes et les rubis dépassent la grosseur d’un pois chiche. Son âme vile ne peut résister à l’appât d’un pareil présent. Vendre son enfant au Chérif, qu’elle respecte et qu’elle craint, lui paraît tout naturel.
—Que veux-tu de moi, et que puis-je en cette affaire?
Marzaka sanglote presque, elle m’embrasse l’épaule;