— Ah ! Ah ! mais c’est toi !… Par la tête de Si Ahmed el Tijani ! c’est toi même en musulmane ! — s’écrient mes amies tout à fait déridées et joyeuses.

Le stéréoscope passe de main en main parmi les servantes. Puis de nouveau on examine les rues tunisiennes, la place Bab-Souika, la rue Halfaouine, grouillantes d’Arabes…

— O Allah ! que je serais malheureuse s’il fallait me trouver dans cette foule ! — s’exclame Lella Zenouba.

— Et quelle honte ! — ajoute la princesse.

Car mes nobles amies ne regrettent ni leur réclusion, ni la sévérité de leur existence. Loin de là ! Elles se font une gloire de leur mystérieuse inviolabilité, de la rigueur avec laquelle elles suivent leurs vieilles coutumes.

C’est le souci des traditions qui dénote leur rang et les élève bien au-dessus des femmes vulgaires.

Lors de mes premières visites, je leur avais demandé naïvement si elles ne souffraient pas de vivre toujours enfermées.

— Par le Prophète de Dieu ! mais si l’on voulait nous forcer à sortir, nous pleurerions pour rentrer !

Et ce sont elles-mêmes qui m’ont fait remarquer avec orgueil que leur demeure n’avait point d’ouverture sur l’impasse, et que leur voiture était close par des volets en bois, et non par ces rideaux qu’un souffle peut soulever, et que les femmes de la petite bourgeoisie écartent curieusement du doigt, au risque d’être entr’aperçues, dans l’ombre, par un passant.

L’intérêt du stéréoscope épuisé, je me lève pour partir, mais ces dames me retiennent avec insistance.