— Oh ! reste encore un peu. Qu’as-tu tant à faire ? Il y a si longtemps que nous ne t’avions vue !

— Et je veux te montrer cette écharpe de plumes, commandée par toi, et qui est arrivée avant-hier, — ajoute Lella Zenouba. — Montons à ma chambre.

Nous traversons le patio plein de lumière et prenons un escalier de marbre blanc. Puis des vestibules et des couloirs, et des chambres, et encore un petit patio, et d’autres pièces à l’infini, toujours pavées de marbre et revêtues de faïences. La maison du caïd Mansour, vaste et peuplée comme toutes les demeures arabes, abrite soixante personnes, maîtres, enfants et serviteurs. Voici enfin la chambre de Lella Zenouba, que je connais bien, avec son divan, ses lustres, son plafond peint et sculpté, ses énormes lits anciens à colonnes, dont les frontons d’or se découpent sur fonds de miroirs. Ils sont luxueusement garnis de courtines et de coussins en satin brodé, et occupent chacun une extrémité de la pièce. « Car l’aube ne doit point surprendre l’homme dans le lit de son épouse. » Et je retrouve, hélas ! aux deux côtés de la porte, les armoires à glace Louis XVI, compléments indispensables, depuis ces dernières années, de toute chambre arabe qui se respecte. Lella Zenouba en tire l’écharpe de léger marabout blanc et la jette sur ses épaules.

— N’est-ce pas qu’elle est jolie ?

— Sans doute, mais je préfère encore celle-ci, en tulle lamé d’or, et qui ne vient pas de Paris.

Que de belles choses possède Lella Zenouba ! Ce coffret d’argent ciselé ! et ces flacons à parfums en cristal doré, aux cols minces et longs, de forme rare ; ces petits étuis à kohol, ces broderies précieuses !…

— Veux-tu voir nos bijoux ?

Elle sort de l’armoire une grande cassette pleine d’écrins et, sur un signe de sa maîtresse, Mabrouka apporte un coffre d’ivoire contenant les joyaux de la princesse Bederen’nour.

Sur le divan, c’est un éblouissement de pierreries, de colliers, de perles à plaques incrustées de roses, de longues boucles d’oreille où les diamants tremblent comme des gouttes d’eau entourées d’un cercle de lumière, de bracelets travaillés avec un art exquis… Et, parmi ces trésors de famille, les parures trop modernes données par Si Mansour et Si Chédli à leurs épouses : guirlandes de fleurs, étoiles, diadèmes aux mille reflets.

O ces bagues de la princesse Bederen’nour ! Bien arabes celles-là, où les topazes, les rubis, les émeraudes sont enchâssés en de lourdes montures ciselées.