Elle se glisse hors du lit, rallume la bougie et se dirige vers le fond de la pièce.
— C’est un chat. Que Dieu le maudisse ! — s’écrie-t-elle en agitant l’animal qu’elle avait traîtreusement enfermé sous une corbeille… Elle ouvre la porte et le jette au dehors, tout en tendant la clé dont elle est parvenue à s’emparer sans éveiller l’attention du Hadj Mohamed… Une main fébrile s’en saisit.
Alors Meryem revient auprès de son mari, et elle déploie de si diaboliques ressources, des perversités tellement irrésistibles, qu’il râle de plaisir en demandant grâce.
Pendant ce temps, El Batoul, qui a grisé toutes ses négresses, va tranquillement ouvrir la porte à Si Abdesselem. Elle l’introduit dans sa chambre : les brûle-parfums répandent d’odorants effluves, la bouillotte siffle sur le mejmar de cuivre, des « sabots de gazelle », des ghribat à forte saveur emplissent les plats de Fez délicatement décorés. El Batoul porte un caftan de brocart jaune à grands ramages qui fait valoir sa peau brune rehaussée de fards. Des bijoux couvrent se poitrine et ses bras.
Dans sa chambre, comme en celle de Meryem, la nuit fut voluptueuse. Lorsque chanta le muezzin matinal, elle éveilla son amant, et le reconduisit jusqu’à la porte avec mille promesses de se revoir, puis elle s’en fut heurter discrètement à la pièce voisine. Meryem entr’ouvrit et prit la clé qu’elle lui passait.
— Tout va bien ? — demanda-t-elle.
— Pour le mieux ! — répondit El Batoul à voix basse.
El Hadj Mohamed, épuisé, ne s’était pas réveillé…
Tous les deux jours, désormais, Meryem s’ingénie en des ruses extraordinaires pour faciliter le péché à sa coépouse.
El Batoul lui en a une reconnaissance profonde, admirant l’intelligence de cette Juive, jadis tant méprisée. Elle ne peut plus se passer de Meryem ; elle la comble de cajoleries et de présents ; elle exige des esclaves une extrême déférence envers sa coépouse et, même, elle persuade si bien les voisines que celles-ci, revenues de leur prévention, accueillent enfin Meryem à leur petit cercle des terrasses.