Meryem écoute, attentive, cherchant un moyen d’aider sa coépouse. Avec la souplesse de sa race, elle oublie toutes ses rancunes, prête à obliger servilement la Musulmane qui daigne recourir à elle.

— Écoute, — dit-elle enfin. — Veux-tu recevoir Si Abdesselem la nuit prochaine ? Je me charge de si bien occuper El Hadj Mohamed qu’il ne sortira pas de ma chambre avant le dohor, je le jure !…

— O Meryem, ô ma sœur !… Que la bénédiction d’Allah soit sur toi !… Mais je crains les négresses, leur langue est imprudente…

— Achète-leur du rhum. S’il plaît à Dieu, l’ivresse les rendra sourdes et aveugles.

— O Allah ! Quelle ruse !… et la clé ?…

— Je te la procurerai, — dit Meryem. — El Hadj Mohamed l’accroche au-dessus du lit en se couchant. Tiens-toi prête à la saisir dès que j’ouvrirai ma porte, et ce soir, entends-toi bien avec Si Abdesselem du haut de la terrasse.

Le lendemain El Hadj Mohamed, après avoir fermé la maison, pénétra sans soupçon dans la chambre de Meryem, et, suivant sa coutume, il suspendit l’énorme clé à un clou planté dans la muraille. La Juive, d’un air indifférent, prend un caftan qui traînait sur un matelas et le suspend au même clou. Puis elle éteint les cierges qui brûlaient dans les chandeliers de cuivre et gagne le lit où son époux ne tarde pas à la rejoindre. Mais à peine est-elle couchée qu’elle se redresse en sursaut.

— Il y a quelqu’un dans la chambre !…

— Tu es folle.

— J’ai entendu remuer…