— Aucun mal, grâce à Dieu !

Les formules de politesse amorcent l’entretien et dissimulent la gêne des deux femmes.

— Tu dois t’ennuyer, toujours seule, — reprend El Batoul aimablement. — Pourquoi ne viens-tu jamais chez moi ?

Elle s’accroupit sur le sofa sans manifester de répugnance.

— J’aurais peur de t’importuner, — répond Meryem.

— Du tout ! J’aimerais causer avec toi.

— As-tu quelque souci, — interroge la Juive, devinant que sa coépouse a besoin d’elle. — Puis-je t’être utile ?

El Batoul esquive la question. Non ! elle désire seulement mettre fin à ce malentendu dont elle souffre. Ce sont les esclaves, — ces filles de péché ! — qui lui ont au début raconté un tas de mensonges. Ensuite elle a bien vu que Meryem était une honnête femme, en qui l’on peut se fier, et elle aurait aimé avoir des rapports amicaux avec elle, mais une fausse honte la retenait…

La réconciliation est aussitôt scellée, les coépouses prennent ensemble le thé, au grand ébahissement de leurs négresses…

Le lendemain El Batoul insista pour que Meryem passât la journée dans sa chambre et elle lui fit présent d’un petit mouchoir brodé. Elle n’était plus que miel et sourires. Au bout de quelques jours, elle confia, non sans réticences, à sa nouvelle amie, qu’elle avait un gros souci dont elle seule pourrait la tirer… Meryem proteste de son dévouement… El Batoul, avec des larmes et des soupirs, avoue enfin que sa tête est troublée par un jeune voisin, Si Abdesselem, qui a osé la suivre un vendredi, alors qu’elle se rendait au cimetière. Depuis lors, ils se meurent tous les deux du même supplice… Elle l’aperçoit quelquefois du haut de sa terrasse, en se penchant imprudemment au-dessus de la rue, et ils se font quelques signes…