[42] Commentaires du Coran.
Meryem s’efforça de garder sur l’époux cette dernière séduction… Mais après les brutales ivresses, il la quittait sans une parole, hautain et méprisant.
Elle n’osait plus sortir de sa chambre dans la crainte des quolibets et des mauvaises farces, et là encore, malgré les tentures, ces mots : « La Juive ! La Juive ! » sans cesse accolés d’épithètes injurieuses, parvenaient jusqu’à Meryem pour la flageller d’une constante humiliation.
Souvent même on ne lui donnait pas à manger, les femmes avalaient en hâte la harira matinale ou le couscous et, lui montrant les plats vides, prétendaient « qu’on l’avait oubliée ». Alors elle rentrait chez celle plus haineuse, plus aigrie par la souffrance, et elle cherchait vainement, en son esprit, le moyen de se venger.
Depuis son malheur, des remords l’assaillaient ! Meryem ne conçoit plus par quelle aberration elle consentit à suivre El Hadj Mohamed, trahissant ses parents et les préceptes de son Dieu… Elle se souvient d’un proverbe de Salomon que le vieux Youdah aimait à répéter :
La femme sage édifie son foyer, la femme folle le détruit.
Ah ! certes, elle a été cette femme folle qui n’écoute que les séductions mensongères ! Elle a, de ses propres mains, détruit le bonheur auquel ses parents la destinaient !… A cette heure elle devrait, épouse respectée du vénérable Chlamou, élever ses enfants dans la cour badigeonnée d’outremer où les générations d’Abitbol se sont succédé… Elle se promènerait chaque samedi dans les ruelles encombrées de familles en toilette, un châle vert-perroquet aux rouges bariolages, bien tendu sur ses épaules. Elle jouirait de la société des hommes, partageant les orgies de mahia, au lieu de se ronger, prisonnière, en une maison musulmane, plus méprisée que la dernière des chiennes !…
Un bruit léger l’arrête en ses pensées. El Batoul a soulevé la tenture et pénètre dans sa chambre pour la première fois… Meryem, surprise, se demande quel nouveau tourment on va lui infliger ? mais El Batoul a un air de bienveillance inaccoutumé.
— Comment vas-tu ? — dit-elle.
— Avec le bien… et toi ? Tu n’as pas de mal ?