— C’est, — me dit M. X…, — une professionnelle du lieu. Remarquez comme elle pose sa main en évidence, pour qu’on voie bien la fameuse bague dont tout Tunis a parlé, cadeau, dit-on, d’un amant indigène. En vérité, elle est splendide. Ces Arabes sont d’une générosité !

La dame allongeait en effet, avec affectation, une main fardée qu’ornait un seul et royal diamant…

Mais cette bague !… Je la connais… Elle n’a pas sa pareille. C’est le présent de Si M’hamed bey à Lella Kmar, la bague de la princesse Bederen’nour !

Le caïd Mansour vole les bijoux de sa femme pour les offrir à sa maîtresse…

II
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Sur la terrasse…, à l’heure où les ombres sont délicieusement pâles et longues. Les murailles encore éclairées se dorent d’un éblouissement de soleil ; puis elles deviendront abricot et rose, avant de s’éteindre dans le mauve, et de s’ensevelir dans le bleu des nuits transparentes, où l’on a toujours l’impression d’un clair de lune, même lorsqu’il n’y en a pas…

Les hirondelles tracent des méandres rapides, et le vol lourd des pigeons bariole un instant les murs d’ombres vertes et fugitives. Un pépiement d’oiseaux agite les mûriers de la place Halfaouine dont le bourdonnement monte jusqu’à moi. La mosquée arrondit ses dômes bleuissants, des minarets s’élancent vers le ciel, un palmier ou un eucalyptus jaillit entre deux murailles ; et l’on aperçoit très loin, au delà de la ville, la colline de Sidi Bou Saïd où les riches Carthaginois avaient bâti leurs demeures, le golfe couleur turquoise, et la chaîne de montagnes presque irréelles, dominée par le Bou Kornine, mont de Tanit et de Salammbô.

Les terrasses commencent à s’animer : c’est l’heure où les femmes du peuple montent des maisons pour plier le linge étendu, surveiller les tomates qui sèchent et se contractent douloureusement tout le jour sous le grand soleil, et surtout afin de s’assembler entre voisines et de babiller en respirant l’air frais.

Quelques silhouettes se penchent au-dessus des patios béants pour héler les retardataires.

Habiba et Zoh’rah, mes petites servantes, sont accroupies près de moi.