Lorsque Rita sortit de la chambre, chacune épiait son visage et Mabrouka ne put se tenir de lui décrocher quelques réflexions à double sens :
— Préparons le couscous pour les hôtes qu’Allah nous enverra, — répétait-elle avec insistance. — Mes vieilles oreilles tintent… c’est la musique des rita et des timball…
— Cesseras-tu d’agiter ta langue ?… — s’écria Rita rageusement.
— Le bruit de mes paroles trouble donc tes pensées ?
— Je n’ai que faire de tes plaisanteries quand mon cœur est triste.
— La tourterelle n’est-elle pas l’oiseau qui souffre et se plaint le plus ?
— Puisses-tu être rôtie à quatre cuissons !…
La querelle se termina par une claque sur les joues sèches et ridées de la vieille, qui s’en fut en clopinant.
— L’annonce du mari énerve la vierge… — lança l’esclave lorsqu’elle fut hors de portée.
A cette parole trop explicite, Rita se mit à pleurer, et comme elle était en effet très fébrile et surexcitée, elle n’eut aucune peine à finir par une crise dont la sincérité fit l’admiration de toute la famille.