Zoh’rah reçoit stoïquement quelques claques sur le derrière, des claques de rien du tout, pour la forme, dont ensuite les petites rient entre elles en racontant, non sans un certain mépris, que « Sidi et Lella[5] » ne savent pas battre, et que Lella surtout « tape comme un poulet ».
[5] Monsieur et madame.
Habiba et Zoh’rah sont deux pauvres bédouines abandonnées, que Chedlïa adopta, n’ayant pas d’enfant. Habiba avait quelques jours au plus, lorsque le vieux Baba[6] Tahar, mon serviteur, l’a trouvée au coin d’une rue « comme un petit chat » et rapportée à sa femme. Mais il y a deux ans à peine que Chedlïa au cœur maternel recueillit Zoh’rah, nouvellement orpheline. Et la petite se souvient fort bien de sa première existence chez les nomades, lorsqu’elle dormait dans une « chambre de crins[7] » et entendait, la nuit, le cri des chacals et le ricanement des hyènes, errant autour du douar.
[6] Père Tahar.
[7] Une tente.
En ce moment, Zoh’rah est en grande conversation avec mon mari. Elle est excessivement bavarde et nous amuse.
— Oui, Sidi, — raconte-t-elle, avec ses yeux brillants et son air de ouistiti, — lorsque le « serviteur[8] » est mort, il voit l’Élevé, et reste au Paradis plein de roses et de parfums. Mais s’il a été mauvais, Allah lui dit : « Qu’ai-je à faire avec toi ? » et il tombe dans la géhenne remplie de serpents, de scorpions, de couteaux et de flammes, où les « chitanes[9] » le font rôtir comme un agneau.
[8] L’homme.
[9] Diables.
— Toi, Zoh’rah, où iras-tu ?