Dans l’après-midi arrivèrent Saadia et ses parentes, parées de leurs plus beaux atours. Elles entouraient l’arousa, lui prodiguant les caresses et les démonstrations affectueuses.

— Comment vas-tu ? — demandaient-elles.

— Ton mari te plaît-il ? On dit que tu n’es pas à plaindre, et qu’il te témoigne beaucoup d’amour.

— Grâce à Dieu, te voici devenue femme. Dis, chérie, as-tu crié la nuit de tes noces ?

Elles lui posaient mille questions insidieuses auxquelles Rita, pleine de honte, se gardait bien de répondre, et Mabrouka lui glissait à l’oreille des propos tellement égrillards qu’elle en rougissait sous le fard, toute troublée d’un plaisir sensuel.

La cérémonie de la ceinture lui causa la plus vaniteuse des satisfactions.

La neggafa l’avait revêtue de caftans magnifiques, drapés d’un izar de gaze. Une haute ceinture de Fez, raide et chatoyante, s’enroulait autour de sa taille comme pour l’enserrer d’un étui précieux ; des bijoux trop éblouissants l’accablaient de leur splendeur et de leur poids, mais elle restait hiératique, très droite et les yeux toujours clos, sur l’immense fauteuil des mariées dont les dorures rayonnaient derrière sa tête en auréole resplendissante.

Toutes les femmes, accroupies autour du patio, lui faisaient une cour dont elle était la sultane ; une esclave agitait devant elle un éventail pour rafraîchir son visage et chasser les mouches importunes. Sept fois, la neggafa changea ses parures, toutes plus somptueuses les unes que les autres, et l’apparition de l’arousa était toujours saluée de yous-yous et de propos flatteurs. Cette apothéose l’enivrait d’orgueil, elle eût voulu, malgré sa fatigue, que les fêtes nuptiales durassent longtemps encore. Elle ne se lassait pas d’en être l’héroïne, belle et parée, auprès de qui chacun s’empresse, et un regret lui mordait le cœur à la pensée que l’apogée de sa gloire en marquait fatalement la fin.

Grâce à Dieu, l’amour de Si Taleb lui resterait, et les plaisirs voluptueux, sans compter la satisfaction d’être une femme mariée qui peut se livrer à la coquetterie en toute sécurité du devoir accompli, et non plus une vierge aux vêtements simples.

Le soir, lorsque son mari vint la rejoindre dans le qtaa où ils devaient dormir une dernière fois, il lui demanda :