En l’absence de Si Taleb, la neggafa vint changer les parures de l’arousa, et deux fois par jour, durant toute la semaine, elle la revêtit de caftans différents, de façon à ce que l’époux la trouvât sans cesse en des toilettes nouvelles… Il n’était pas besoin de cela pour exciter l’amour de Si Taleb, et Rita, peu à peu, se sentait embrasée par une telle ardeur…
Elle n’en restait pas moins pudique et réservée, toujours silencieuse, levant à peine les yeux sur son maître, toute pénétrée des conseils qu’on lui avait prodigués chez ses parents. Car un mari s’étonne si la vierge qu’il épouse ne témoigne pas, durant les premiers temps, une très grande honte. A la fin de la semaine, elle semblait s’apprivoiser et répondait timidement :
— Oui, Seigneur…
— Non, Seigneur…
— Je ne sais pas…
Six jours après les noces, on remit à Rita sa ceinture, et on enferma ses cheveux dans une sebenia de soie, à la manière des femmes mariées. Puis, la neggafa la fit sortir du qtaa qu’elle n’avait pas encore quitté, et elle éprouva une délicieuse sensation à respirer l’air qui pénétrait par la porte entr’ouverte, et à revoir la lumière du jour. Le soir, elle se rendit au hammam avec Lella Fathma ; au retour, deux femmes couchèrent auprès d’elle dans le qtaa, pour en interdire l’entrée à Si Taleb. Lorsqu’il retrouva Rita le lendemain matin, il se mit à la taquiner :
— Tu n’as pas voulu de moi… Hélas ! que cette nuit fut longue ! Es-tu donc rassasiée de ma présence ? Moi, je ne le suis pas encore de t’avoir.
Rita répondit d’un air modeste :
— Que veux-tu…, ce n’est pas ma faute, telle est la coutume, tu le sais bien…
Elle n’osait pas lui avouer qu’elle aussi avait maudit cette habitude qui sépare les époux la sixième nuit de leurs noces.