Rita restait immobile, silencieuse et les yeux clos, troublée, jusqu’au plus profond de son être, par cette voix mâle, par le contact de cet homme qu’elle ne voyait pas… et comme il voulait l’étreindre, elle se jeta brusquement en arrière, d’un instinctif effroi.

— Ne crains pas, — répéta Si Taleb, — tu dois être raisonnable pour que les gens ne rient pas de moi… Ta mère et tes parentes sont dans l’anxiété, elles attendent ton seroual, ne prolonge pas leur impatience…

Alors, comme Rita était une fille sensée, elle laissa son mari l’approcher et elle retint ses cris…

....... .......... ...

Si Taleb ne sortit de la chambre nuptiale qu’au moment où chantait le muezzin. La neggafa se précipita dans le qtaa en poussant des yous-yous, s’empara triomphalement du seroual et l’emporta dans le patio pour le livrer à l’admiration de l’assistance.

Lella fille très pure, — disaient les invitées, —

Fille de ceux qui t’ont bien gardée,

O belle ceinturée,

Ton seroual est teint de rouge !

Pendant ce temps, Rita, brisée de fatigue, s’était endormie… Au retour du hammam, Si Taleb vint la rejoindre dans le qtaa. Il essayait de la faire parler, mais Rita était trop bien élevée pour répondre, elle avait honte et ne levait pas les yeux. Pourtant, ayant aperçu furtivement son mari, elle se réjouit de le trouver agréable et jeune… La chambre était close, éclairée par des cierges, les époux s’y sentaient très seuls, loin de tout, bien que la rumeur de la fête pénétrât à travers la porte. Si Taleb caressait Rita, la prenait sur ses genoux, se livrait à mille jeux galants, et la jeune femme, revenue des terreurs nocturnes, commençait à trouver quelques charmes au contact de son mari. Comme il était sorti vers l’acer pour prier, elle l’attendit avec une certaine impatience…