… La nuit est tombée peu à peu sur les groupes de babillardes, et les patios s’éclairent de tous côtés, creusant des trous roses dans l’ombre bleue.
Un long cri mélancolique et rythmé retentit soudain dans le ciel, au-dessus des femmes attardées, des rues bruyantes et des rumeurs lointaines. Du minaret voisin, la muezzin jette sa prière aux quatre coins de l’horizon.
— Allah ! Allah est le plus grand et Mohamed est le prophète d’Allah !
III
NOCES PRINCIÈRES
La princesse Bederen’nour m’avait dit :
— Ma sœur Zobéïda se marie dans un mois, tu devrais aller la voir.
Je trouvai la petite princesse bouleversée à la pensée des noces prochaines.
— Je n’en dors plus la nuit, et ma peur s’augmente à mesure que passent les jours, — m’avoua-t-elle.
— Ton père tient donc tellement à cette union qu’il t’y contraint malgré ta répugnance ?
— Oui, Si Abd el Karim est d’une haute et ancienne famille et sa situation de mufti est des plus importantes. Du reste il ne peut me déplaire plus qu’un autre, je ne le connais pas… C’est le mariage que je redoute. Alors, tu comprends, c’est inutile d’importuner mon père. Je sais bien qu’il est grand temps de me marier, j’ai dix-neuf ans… A cet âge mes sœurs avaient déjà des enfants.