— Oh ! oui, c’est déjà bien dur, en tout temps, d’habiter un autre pays. Alors maintenant !…

— Vous ne vous plaisez pas à Tunis ? — demandai-je, heureuse de détourner la conversation.

— Non certes ! — s’écrièrent-elles toutes deux. — L’existence ici est odieuse lorsqu’on en a connu une autre plus libre, plus animée, plus intéressante.

— Pensez, — dit Zeïneb, — que nous sommes cloîtrées ici comme toutes les musulmanes de notre condition, ne sortant jamais, jamais à pied, et si rarement en voiture close pour un mariage !

— C’est la troisième fois en quatre ans… A Stamboul, au contraire, nous circulions avec notre institutrice. Le tcharchaf n’est pas bien gênant, à peine plus épais qu’une voilette d’automobile.

— Nous allions voir nos amies, nous les réunissions à des thés, nous jouions la comédie entre nous.

— Ah ! Stamboul !… — soupirèrent-elles, un sourire d’extase au coin des lèvres, et les yeux humides.

— Mais alors, puisque vous viviez si heureuses là-bas, pourquoi avoir épousé des Tunisiens ?

— Savions-nous ce qui nous attendait ?… Nous avions seize ans, nos parents nous poussaient à ce double mariage. Les Dali Bach sont riches et de noble famille… il y avait aussi l’attrait du voyage, d’un pays nouveau, et surtout celui de ne pas nous séparer, nous qui nous aimions tant.

— C’est la seule chose qui ne nous ait pas déçues !…