Elles étaient pareillement jeunes, minces et pâles. Leurs visages aux traits menus ne se rehaussaient d’aucun fard, et leurs coiffures ressemblaient à celles des petites bourgeoises légèrement en retard sur la mode.
— Nous avons épousé, il y a quatre ans, messieurs Dali Bach, père et fils, venus à Stamboul, et c’est ce qui crée entre nous cette étrange parenté, — expliqua madame Zeïneb.
— Oh ! dites-nous, je vous prie, les dernières nouvelles de la guerre ![15] — implora madame Tejbeha, — nous ne recevons point de journaux.
[15] Guerre Turco-Balkanique de 1911.
— Et songez, — ajouta Zeïneb, — que nos frères, nos cousins, tous nos parents et leurs amis, se battent là-bas !
Une véritable angoisse les défigurait dans l’attente de ma réponse.
Hélas ! les nouvelles étaient bien mauvaises ! Andrinople venait de tomber aux mains des Bulgares. Pouvais-je leur apprendre cela, au milieu de cette fête, de cette musique, de ces danses ?
Je répondis évasivement :
— La situation de l’armée turque est toujours critique, mais à Constantinople on s’occupe d’une réorganisation, on va sans doute envoyer des renforts…
— Vous comprenez, c’est si triste d’être loin des siens, en pareilles circonstances !