[14] Chant du muezzin au soleil couchant.
Au coucher de soleil, je me dirigeai vers la pauvre maison où Fathma demeure avec quatre autres familles locataires. Toutes les femmes étaient sur la terrasse, mais un murmure monotone sortait de sa chambre. J’en poussai la porte…
Fathma était accroupie devant sa marmite où mijotait l’horrible cuisine. A ses pieds gisait une poupée de chiffons, le cœur percé d’épingles, et vêtue d’une petite gebba orange comme celle de Mohamed. Un cierge à cinq branches enroulé de papier doré éclairait cette scène étrange.
Afin de ramener l’époux inconstant, Fathma la délaissée préparait le philtre d’amour.
VII
LES DÉSENCHANTÉES A TUNIS
Je les avais rencontrées pour la première fois aux noces de Lella Sheïtla, fille d’un cheikh cadi. Leurs robes étroites, également pailletées d’acier, l’une en satin rose, l’autre en satin ciel, et quelque peu décolletées, étonnaient fort au milieu des pantalons bouffants, des gebbas brodées d’or, des boléros étincelants. Elles leur donnaient l’apparence d’honnêtes chanteuses de petit café-concert bien provincial ; mais une certaine distinction et je ne sais quelle grâce un peu hautaine détruisait vite cette impression pour faire place à l’incertitude.
— Ce sont les dames Dali Bach, deux femmes turques épousées par des Tunisiens, — me dit ma voisine, une poupée fardée, bouffie de graisse.
Justement elles s’avançaient toutes deux vers moi et engageaient la conversation avec aisance.
— Nous sommes enchantées de faire votre connaissance, madame, nous avons si rarement l’occasion de rencontrer des Européennes ! Permettez-moi de vous présenter ma cousine Zeïneb, madame Ali Dali Bach, — me dit la robe rose dans un français sans accent.
— Et moi, — reprit la robe bleue, — je vous présente ma cousine et belle-mère Tejbeha, madame Tahar Dali Bach.