— Je le voudrais, mais je ne sais pas. Vous sûrement, vous êtes musiciennes et vous connaissez de jolis morceaux.
— Nous en avons appris quelques-uns autrefois, Tejbeha est la plus forte, — dit Zeïneb en poussant sa cousine au piano.
La Valse bleue, Amoureuse, les Lanciers retentissent drôlement sous les voûtes de stuc ciselé. Les négresses et toutes les servantes de la maison sont accourues, et regardent, vite renvoyées du reste par Zeïneb.
— Et ne savez-vous rien d’oriental ? — demandai-je.
— Non, rien du tout… Ah ! si, la Marche turque.
… Grave, recueillie, Tejbeha commence à jouer. Zeïneb l’écoute, les regards perdus dans un rêve lointain. Et, le morceau fini, un silence s’établit entre nous ; les deux jeunes femmes se détournent émues, les yeux pleins de souvenirs et de larmes. On dirait qu’une brise fraîche, venue de Stamboul, a passé dans le grand salon sombre.
— Te souviens-tu, — dit Zeïneb, — de ce jour où nous étions allées aux Eaux-Douces avec Madji ?
— Oui, des soldats manœuvraient de l’autre côté du Bosphore, et l’on entendait par instants la Marche turque.
Et soudain Tejbeha éclate en sanglots.
— Oh ! nous ne retournerons jamais plus là-bas !…