— Voyons, calme-toi, ma chérie ; aujourd’hui est un beau jour, puisque nous avons notre amie.
— C’est vrai, je suis ridicule, excusez-moi.
— Tiens, prépare donc le thé, — dit Zeïneb, — tandis que je vais montrer à madame R… ma nouvelle robe. Voulez-vous venir ?
— Cette pauvre Tejbeha est si nerveuse, — continua-t-elle dans sa chambre. — Vous n’imaginez pas l’existence que Si Tahar lui fait. C’est un vieillard despotique et vicieux, il voudrait la plier à ses caprices les plus lubriques. Il s’est pris pour elle d’une passion folle, une véritable frénésie, et Tejbeha, du premier jour, s’est révoltée de dégoût. Chaque soir, quand il rentre, excité, ignoble, ce sont des scènes affreuses. J’entends les cris et les plaintes de ma cousine et je ne puis rien. C’est terrible !…
— Quel âge a Si Tahar ?
— Soixante-douze ans au moins… Mais il est solide, allez ! Il n’y a pas à espérer une prompte délivrance, — ricane Zeïneb avec une expression haineuse. — Voulez-vous voir ma robe puisque nous sommes montées pour cela ?
Elle tire de l’armoire à glace un costume tailleur gris à peu près à la mode.
— C’est une ouvrière italienne, madame Buona Cordi, qui travaille pour nous. Il paraît que ces jaquettes sont le dernier cri. Qu’en pensez-vous ?
— C’est très bien. Tout à fait dans le mouvement.
Zeïneb exhibe une toque de loutre à grande aigrette.