— Et ceci ?

— Charmant ! Mais que voulez-vous faire d’un costume tailleur et d’un chapeau puisque vous ne sortez jamais ?

— C’est vrai ! Mais ça nous fait tant de plaisir d’en avoir ! Nous les mettons de temps en temps, et nous marchons dans le patio en nous imaginant qu’il n’y a pas de murs autour de nous… C’est triste, n’est-ce pas ?…

— Oh ! être enfermées toujours ainsi, ne plus voir un arbre, ni une rue, ni d’autres visages que ceux des servantes stupides ! — s’exclame rageusement Tejbeha qui vient d’entrer. — Il y a des jours où l’on croit devenir folle !

— Comment vous occupez-vous ? Avez-vous des livres ?

— Quelques-uns seulement apportés de Stamboul : Loti, naturellement, ce délicieux Loti qui aime tant les Turcs… Vous avez lu les Désenchantées ? Que c’est beau !

— Oui, — reprend Zeïneb, — mais les héroïnes se rendent bien malheureuses à envier le sort des autres Européennes, alors que leur vie à Stamboul est en somme si charmante. Nous n’en demanderions pas tant, je vous assure ! Reprendre notre ancienne existence serait tout notre bonheur.

— Si vous voulez, — proposai-je, — je vous enverrai des livres et des journaux.

— Vous êtes gentille ! Ça nous fera tant de plaisir !

Lorsque je revins, deux semaines plus tard, Tejbeha seule me reçut.