— Zeïneb sera désolée, elle est souffrante et dort en ce moment.
— Ce n’est rien, j’espère ?
— Ce n’est pas grave, mais c’est terrible. Je puis bien vous le confier puisque vous êtes notre amie, — ajouta-t-elle en rougissant. — Zeïneb fut contaminée dès le jour de ses noces.
— Oh ! la pauvre petite !
— N’est-ce pas ? Et encore vous ne vous doutez pas de sa vie. Si Ali est jeune, mais brutal et libertin, il passe son temps en bonnes fortunes et Zeïneb en est horriblement jalouse. C’est drôle, car je ne crois pas qu’elle aime vraiment son mari… Dès qu’il sort, elle s’imagine un tas de choses, elle lance les servantes à ses trousses pour l’épier et la renseigner. Et elles ne la renseignent que trop, la malheureuse !… Ah ! si mon mari faisait ses fredaines au dehors, je vous assure que je ne m’en tourmenterais guère ! Mais Zeïneb se ronge… et lorsque Si Ali rentre, ce qui ne lui arrive pas tous les jours, elle lui fait des reproches qui l’horripilent. Quelquefois il va jusqu’à la battre !
— Vraiment, vous êtes à plaindre toutes les deux. Quel dommage que vous n’ayez pas d’enfants ! ce serait une consolation.
— Hélas ! mon mari est trop vieux pour m’en donner, et Zeïneb n’en aura jamais.
— Comme les journées doivent vous sembler longues !
— Oui, et les nuits surtout, — répond Tejbeha, la voix changée.
J’étais devenue peu à peu leur confidente ; elles me racontaient toutes leurs tristesses, même les plus intimes, cédant à ce besoin bien naturel de s’épancher et d’être plaintes.