— Grâce à Dieu !
L’homme que nous venions de rencontrer était un bédouin d’une soixantaine d’années, brun, sec, tanné, le visage osseux et sillonné de longues rides verticales, les yeux perçants profondément enfoncés dans les orbites, le nez saillant en bec de rapace et le cou décharné, mais vigoureux encore, très droit, les mollets maigres et bien dessinés, les bras solides, nerveux et musclés. Depuis quelque temps nous l’apercevions campé sur sa mule. Derrière lui deux silhouettes courbées, écrasées sous de lourds fardeaux, se détachaient sur le sable fauve.
Nos bêtes, moins fatiguées que celle du bédouin, l’entraînaient d’un pas plus alerte, et les formes bleues peinaient davantage, se hâtaient, couraient presque, sans parvenir à nous égaler. L’homme, s’étant retourné, les gourmanda d’une voix rude :
— Halima ! Zoh’rah ! Allons, chiennes, filles de chiennes !
Et le vent écartant les voiles, on apercevait deux visages bruns et luisants de sueur, l’un vieux, ridé comme celui du bédouin, l’autre jeune et sans beauté, aux traits secs, découpés à l’emporte-pièce, dans l’encadrement des nattes noires et des grands anneaux d’oreille.
Nous avions compris que c’étaient ses femmes, mais, comme il sied, nous n’y fîmes point allusion, et même nous n’eûmes pas l’air de les regarder.
Mais, d’un commun accord, nous avions retenu le pas de nos montures que le voisinage de l’écurie rendaient trop fringantes, et les formes voilées cheminèrent plus paisiblement derrière elles. Nous devisions avec l’homme, comme il est d’usage entre gens qui se rencontrent dans le désert et s’avancent vers un même but.
— D’où venez-vous ?
— De Tozeur. Et toi ?
— De Tozeur aussi ; je suis parti avant midi.