Mais j’ai eu le temps d’apercevoir le plus étrange spectacle : au milieu d’un brouillard épais, vaguement éclairé par quelques lumignons, une soixantaine de femmes nues circulent, s’agitent et causent… Il y en a des grosses, des minces, des petites, des grandes, des blanches, des jaunes, des noires, des vieilles, des jeunes…
La lumière jaunâtre pique des reflets de-ci, de-là, sur un torse brun, une gorge trop opulente, des bras, des jambes, une croupe rebondie, frottée par une négresse en sueur. Manoubiia, la fiancée, promène une anatomie grasse et tassée, dont l’époux aura bientôt l’heureuse surprise.
Sans doute, il devait y avoir de jolies filles bien faites, mais elles disparaissaient dans la masse affreuse. Une phénoménale matrone étalait une obésité digne d’être exhibée dans une foire, à côté de vieilles guenons squelettiques, absolument décharnées, semblables à des harpies.
En vérité, c’était là un spectacle d’enfer, comme en eût imaginé Gustave Doré, bien plus qu’une paradisiaque vision musulmane.
IX
LES QUATRE FEMMES DE BABA YOUSSEF
— Le salut !
— Le salut sur toi !
— Comment vas-tu ?
— Comment est ton état ?
— Avec le bien !