J’ai même pris part à ces pantagruéliques festins, où chacune pique du doigt parmi les victuailles surchargeant la table.
Mais une noce au hammam réveillait ma curiosité.
Manoubiia et ses invitées s’y sont rendues la nuit, les voiles et les voitures closes n’étant pas jugés suffisants sans la protection supplémentaire des ténèbres. Des servantes nous avaient précédées, portant les tapis, et les corbeilles pleines de linge et d’objets de toilette.
C’est une occasion pour chacune de faire parade de ses richesses. Les plus opulentes avaient tout un attirail d’argenterie : aiguières, coupes à henné, peignes, boîtes à fard, coffrets, étuis à kohol, miroirs.
Elles s’installèrent dans une grande salle, aux colonnes gaîment coloriées de vert et de rouge, sur des estrades où l’on avait étalé les tapis et les nécessaires, et commencèrent à se déshabiller.
Dans un coin, une négresse préparait des rafraîchissements et des sucreries : limonades, café, gâteaux.
On m’invite à quitter mes vêtements pour entrer dans les étuves.
— Non, non, je ne veux pas me purifier, je tiens seulement à voir.
— Mais tu n’y pourras résister…
N’importe, je pénètre quand même toute vêtue. La chaleur est suffocante. La vapeur condensée ruisselle sur le sol et les murailles. Au bout de quelques minutes je dois fuir.