— Toujours charmant ! Mais il commence à y faire froid, et nous avons retrouvé sans déplaisir le soleil de Tunis.

Nous causons de mille choses actuelles. Ces dames sont au courant de tout : art, littérature, politique. Elles m’apportent un livre sur les harems turcs, récemment paru.

— Vous verrez, c’est intéressant, pour nous surtout, puisqu’il est question de la vie féminine à Constantinople.

— Ce ne doit pas être très exact du reste, — ajoute Nejima. — A en croire l’auteur, toutes les femmes de Stamboul seraient jolies, instruites, heureuses, mères et épouses idéales. Et je doute que la perfection existe là-bas plus qu’ailleurs.

— Et puis, — remarque Douja, — puisque l’auteur, une femme grecque, trouve si délicieuse la vie au harem, que n’y est-elle donc restée, épousant un Turc, au lieu de se marier avec un Américain, pour partir à San Francisco ?…

Un coup de sonnette interrompt notre conversation, et Habiba introduit deux visiteuses inopportunes, mesdames B… et G…, perruches bavardes et prétentieuses. Elles doivent être nées aux environs de Carpentras ou de Guéret, mais, parce qu’elles portent des robes drapées et des aigrettes de trente centimètres, elles s’imaginent passer pour des Parisiennes.

Je fais les présentations.

— Ah ! — s’exclame madame B…, — que je suis heureuse de rencontrer des musulmanes ! c’est la première fois que cela m’arrive.

— Et vous parlez français, — minaude madame G…, — c’est exquis ! Vous allez nous raconter tant de choses dont nous n’avons pas la moindre idée.

— Vous êtes trop aimable, madame, — proteste Douja, — mais c’est vous plutôt qui pourrez nous intéresser. Nous sortons peu, ici, vous le savez.