— C’est vrai ! Vous avez des mœurs très curieuses. Dites-moi, que faites-vous dans vos harems ? Que vous y apprend-on ?

— L’instruction y est généralement négligée, — riposte en souriant Nejima, — mais on ne manque jamais de nous enseigner le savoir-vivre et la discrétion.

Les deux perruches ne saisissent pas la leçon que cette jeune musulmane vient de leur infliger. Elles continuent à questionner et à babiller étourdiment. Et comme je devine la nervosité de mes amies, devant un tel manque de tact et une curiosité si indécente, je fais dévier l’entretien sur un autre sujet.

— Nous avons été hier au Palmarium voir la Belle Hélène, — dit madame B… — C’est bien pour la quatrième fois, mais on s’y amuse toujours. Évidemment, mesdames, vous ne connaissez pas cela.

— Je vous demande pardon, — répond Douja. — Nous avons même assisté dernièrement à une parodie de Shakespeare analogue, et bien supérieure à mon avis : Troïlus et Cressida !

— Comment dites-vous ? Où donne-t-on cette pièce ? Je ne l’ai pas vue affichée.

— C’est à l’Odéon qu’on la joue, madame, depuis très peu de temps.

— Ah ! — fait madame B… un peu dépitée. — Vous connaissez donc Paris ?

— Nous y passons tous les ans deux mois.

Les perruches abandonnent vite ce sujet. Il leur en coûterait sans doute d’avouer à ces musulmanes qu’elles ignorent la capitale dont elles singent les modes.