Précisément la question chiffon est plus passionnante que jamais cet automne. Reviendra-t-on aux paniers ?… Madame G… a besoin d’un costume, et se demande avec anxiété si elle doit en faire draper la jupe.
— La plupart des tailleurs gardent leur ligne sobre, — dit Nejima. — Nous en avons vu de simples et charmants chez Montaillé et différents couturiers.
Les perruches se regardent interloquées… Elles se décident enfin à s’envoler : frous-frous, caquetages, bruits d’ailes… Dans le vestibule, madame G… me dit d’un air entendu :
— Vos amies sont délicieuses, mais nous ne tombons pas dans le piège. Ce sont des Françaises déguisées en musulmanes. De grâce, dites-nous leurs noms ?
Je souris, énigmatique. Et j’amuse bien les dames El Karoui en leur rapportant ensuite ce propos.
— Il va falloir vous quitter, car nous avons promis à notre cousine Menena Zoubhir, d’aller la voir aujourd’hui. Elle est fort préoccupée : son vieux turban de mari s’est mis en tête de marier leur fille Neïla avec Si Tayeb ben Mokhtar.
— Vous figurez-vous la pauvre petite qui a fait toutes ses études à Jules-Ferry, dans ce milieu ancien style !
— Il est vrai que sa grand’mère lui en donne déjà l’avant-goût.
— Oui, mais Neïla n’en a pas moins une vie intellectuelle et plus civilisée auprès de sa mère.
— Pourquoi ne viendriez-vous pas avec nous ? — dit Nejima. — Elles sont toujours si contentes de vous voir.