Elle ouvrit ses armoires où s’entassaient les corsages de satin à manches ballons, froufroutés de rubans et de dentelles, les foutas de soie, les tacritas aux teintes éclatantes, les boléros brodés, les costumes brillants de paillettes.

— O Allah ! — dit-elle avec orgueil, — j’ai payé tout cela sur mes économies. Je n’en avais pas autant autrefois chez Si Salah.

Puis elle sortit de ses coffres des parures de fausses perles et de strass, des colliers d’ambre, de longues boucles d’oreille, des croissants dorés, des mains de Fathma…

— Mais tu n’as pas vu le plus beau. — ajouta-t-elle en désignant l’objet mystérieux et voilé. — Lorsque j’ai su que Si Salah avait donné mon piano à Salouh’a, cette chienne fille de chienne, j’en suis tombée malade, et puis je me suis promis sur la tête de ma mère que j’aurais mieux un jour. Et regarde ce que j’ai acheté de mon premier argent, — ajouta-t-elle rayonnante en découvrant… un énorme phonographe.

Je restai ébahie, réprimant à grand’peine une envie de rire qui l’eût peinée. Elle prit mon silence pour de l’admiration.

— Oui, elle peut bien le garder son sale piano cassé ! Moi j’ai une machine qui parle, qui chante, qui sait plus de choses que le « serviteur[21] ». Écoute !

[21] L’homme.

Le phonographe nasillard se mit à scander une chanson arabe plus ou moins obscène. On ne s’entendait plus dans la chambre… Je pris congé de Zeïna malgré ses instances.

— Tous les soirs à partir de cinq heures, je le fais marcher, — me dit-elle en me reconduisant. — C’est de l’argent bien placé, les hommes aiment beaucoup cela.

Et j’étais loin que j’entendais encore, à travers les rues blanches, la voix insolite appelant les clients chez Zeïna la courtisane.