— Oui, celui des gebbas et des burnous.

— Eh bien, c’était là qu’on vendait autrefois les alégias. J’ai souvent entendu mon grand-père regretter le temps où l’on allait s’y promener en regardant les belles filles exposées et richement parées. Et les citadins, à qui leur fortune permettait de s’en payer une, demandaient au marchand la permission de les voir dévêtues, dans les chambres qui existent encore derrière les boutiques. Cela n’était accordé qu’à bon escient, mais il y avait toujours un monde fou dans le souk.

— Je l’imagine.

— Puisque Lella Tejelmouk t’intéresse, je vais te la présenter, elle est très gentille.

La princesse Bederen’nour alla dire quelques mots à la belle Circassienne. Puis elles revinrent toutes deux vers moi, de leur identique démarche balancée.

Notre conversation fut banale, mais je fus invitée par Lella Tejelmouk à l’aller visiter dans son palais près de Sidi Bou Saïd.

— Une belle demeure, — me dit plus tard la princesse Bederen’nour, — et que les beys eussent pu envier autrefois, car maintenant il ne doit plus y rester grand’chose. Si Beji ben Abd er Rahmane est ruiné, aux mains des Juifs…

— Lella Tejelmouk est-elle vraiment sa femme ?

— Oui, il l’a épousée presque tout de suite après l’avoir achetée. Il l’adorait et tu n’imagines pas toutes les folies qu’il fit pour elle : les bijoux, les étoffes de Perse et de l’Inde, les broderies… Lorsqu’elle paraissait à un mariage elle portait sur elle une fortune. C’est bien changé !

En effet, Lella Tejelmouk était assez simplement vêtue d’un costume en satin mauve et argent. Un seul bijou, triangle de diamants aux franges d’ambre, ornait sa gebba.