Lella Kenza sembla toute joyeuse de ma visite imprévue.

— Je ne vois jamais personne — me confia-t-elle, — ma famille habite Meknès[28]. Depuis mon mariage, nulle femme n’est entrée dans cette maison, et mon mari est souvent absent.

[28] Une partie de la famille impériale habite à Meknès, dans les Palais de l’Aguedal.

— As-tu des enfants ?

— Non, — dit-elle, avec une moue petite de fillette prête aux larmes, — le Seigneur ne m’en a pas accordé.

— S’il plaît à Dieu, tu auras bientôt un fils.

— S’il plaît à Dieu, le Puissant, le Miséricordieux ! — répondit avec ferveur Lella Kenza.

Elle voulut me faire visiter sa demeure qui était somptueuse, immense et mal entretenue. Dans une des chambres, une jeune négresse allaitait un nouveau-né.

— C’est une esclave, — me dit Lella Kenza, — et le fils qu’elle vient de donner à mon mari.

De nouveau, son joli visage s’attrista : ses lèvres se contractaient, ses paupières aux longs cils s’abaissèrent…, mais je n’osai l’interroger, de peur d’être indiscrète.