— Tu ne connais pas un remède pour avoir des enfants ? — me demanda-t-elle tout à coup. — J’ai tout essayé, — et elle se mit à pleurer.

Le chagrin de cette petite fille qui se désolait de ne pas être mère à l’âge où l’on joue encore à la poupée, était touchant et drôle.

— Pourquoi te lamenter ainsi, — lui répondis-je, — tu n’as peut-être pas quinze ans.

— Je ne sais pas, — dit-elle, — mais j’ai déjà jeûné quatre fois au Ramadan depuis mes noces, et je suis toujours stérile… Alors, j’ai peur… Et puis, il y a cette Marzaka, fille du diable, que tu as vue tout à l’heure…

— Que crains-tu ? Elle est affreuse et noire, et toi, tu es plus belle que la lune d’été.

— C’est juste, Mouley Abbas le sait bien, mais il veut des enfants, et elle lui en donne…

— Aimerais-tu mieux qu’il eût une seconde épouse ?

— Allah m’en préserve !… C’est pour ne pas amener une autre femme dans la maison que le Chérif a pris Marzaka. Elle a eu tout de suite un fils, puis un autre, et celui qu’elle allaite est le troisième. Elle me nargue avec tous ses enfants, je ne puis les sentir…

— Connais-tu l’histoire de la hase et de la lionne ? Je vais te la dire : « Une hase, un jour, parlait à une lionne : « Je suis plus féconde que toi. Je mets au monde chaque année une quantité de rejetons, tandis que, tout au long de ta vie, tu n’en as guère plus d’un ou deux. — Cela est vrai, répondit la lionne, mais un seul de mes enfants dévore tous les tiens[29]. »

[29] De Lokman le sage. Poète arabe de la tribu d’Ad, à qui l’on attribue des fables rappelant celles d’Ésope.