[31] Musiciennes et danseuses de profession.

Mais je m’inquiétais en la voyant si lasse et si frêle, à la pensée des souffrances que cette petite fille devrait bientôt supporter.

— Écoute, — lui dis-je. — Il y a ici une toubiba[32] qui est très savante. Elle a étudié toutes choses dans notre pays. S’il plaît à Dieu, ton accouchement sera heureux et facile ; mais si, par malheur, toi ou ton enfant étiez malades, je t’en prie, fais-la venir, car elle saurait bien vous soigner.

[32] Doctoresse.

— J’aurais trop peur, — répondit Lella Kenza, — on dit que vos médecins ont des instruments en acier… Du reste, chez nous, les vieilles connaissent des remèdes excellents.

— Sans doute, — répliquai-je avec un manque de conviction qui ne put échapper à mon amie.

— Par notre Seigneur Mohammed, Envoyé d’Allah ! elles sont plus malignes que tu ne le crois. Sais-tu ce qui est arrivé à Zohra Bent Othman Ez Zayani ?

— Je ne connais même pas son nom.

— C’était une jeune fille d’une bonne famille de Fez, jolie comme le printemps, et pleine de pudeur. La seconde femme de son père en était fort jalouse. Or, voici que le ventre de Zohra se mit à enfler, à enfler, à s’arrondir… et elle souffrait comme celle dont le mois est échu… La femme disait à tous :

«  — Voyez cette éhontée, cette chienne, fille de chienne, elle n’a pas attendu ses noces pour enfanter. »