» Zohra pleurait sans comprendre pourquoi le Seigneur lui infligeait cette honte, car elle sentait remuer dans son sein et se croyait elle-même enceinte, malgré son innocence. Mais une vieille femme à qui elle se confia lui dit :

«  — Ce sont les fruits de la méchanceté que tu portes, et non ceux du péché. Celle qui te hait a dû te faire manger dans le couscous des œufs de serpent. Ils ont éclos par la chaleur de ton corps ; les petits s’y trouvent bien et y grandissent. »

» Zohra disait :

«  — O ma mère, qu’arrivera-t-il ? Les serpents finiront par me tuer !… »

» Alors, la vieille, la démone, eut une idée, — ces vieilles connaissent toutes les ruses ! — Elle fit manger à Zohra beaucoup de pois chiches et de poisson très salé, puis la suspendit par les pieds au-dessus d’un seau d’eau. Les serpents, que cette nourriture avait altérés, sentirent la fraîcheur de l’eau ; ils se précipitèrent pour boire. Il en sortit sept et la jeune fille fut délivrée. A présent, elle est mariée à l’Amin El Mostafad. O ces vieilles ! vois-tu, qui s’aviserait de dénombrer leurs secrets ? Elles savent où le loup a caché ses petits… »

Je n’avais pas d’aussi extraordinaires récits à opposer aux siens. Pourtant, j’arrivai à la convaincre que nos médecins n’étaient pas non plus sans posséder quelque science. Mais Allah me préserve de médire des vieilles !

La semaine suivante, une esclave vint m’annoncer, de la part du Chérif, la naissance d’un garçon.

— L’impatience de Lella Kenza était si grande que le Seigneur ne lui a pas fait attendre la fin de son mois.

— Et comment va-t-elle ?

— Allah soit loué ! tout s’est bien passé. Mouley Abbas, est ravi d’avoir un fils. Il te prie de venir chez lui.